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[CRITIQUE] : Le Dernier Souffle d'un Yakuza


Réalisateur : Baku Kinoshita
Acteurs : avec les voix de Kaoru Kobayashi, Hikari Mitsushima, Yoshiko Miyazaki,...
Distributeur : Anime Limited
Budget : -
Genre : Animation, Drame.
Nationalité : Japonais.
Durée : 1h30min.

Synopsis :
Automne 2023. Akutsu, un détenu âgé purgeant une peine de réclusion à perpétuité, est sur le point de mourir seul dans sa cellule. Une fleur dotée de parole lui assène: "Quelle vie pourrie tu as eue. » Au fil de leur conversation, Akutsu commence à replonger dans son passé.

Été 1986. Akutsu vit avec Nana, une femme six ans plus jeune, et son fils, Kensuke, dans un appartement délabré. Leur quotidien est marqué par la précarité, mais aussi par des instants de bonheur. Cependant, hanté par ses propres démons et accablé par un passé trouble, Akutsu lutte pour trouver un sens à son existence. Alors que les jours passent, des tensions émergent, révélant des fissures profondes dans leur fragile équilibre. Jusqu'au jour où un événement irréversible vient bouleverser leur destin.






Quand bien même ce n'est pas fondamentalement une excuse en soit, au coeur d'un mois de mai sensiblement tourné du côté de la Croisette, le cinéma d'animation n'a pas forcément fait trop de boucan dans nos salles obscures, entre un OAV de Yu-Gi-Oh! (Yu-Gi-Oh! The Dark Side Of Dimensions de Satoshi Kuwabara), le sympathique et bordélique Junk World de Takahide Hori, où encore le plutôt mitigé All You Need Is Kill de Kenichiro Akimoto et Yukinori Nakamura.

Autant dire donc que l'arrivée du bien nommé Le Dernier Souffle d'un Yakuza de Baku Kinoshita, avait de quoi incarner une petite éclaircie avant un été marqué par les gros mastodontes débarqués de l'autre côté de l'Atlantique (les potentiellement milliardaires Toy Story 5 et Des Minions et des monstres), modeste petit bout de cinéma à la fois tragique et sentimental vissé sur les aternoiements d'un ancien yakuza/détenu âgé purgeant une peine de réclusion à perpétuité qui, au crépuscule de son existence, « fait l'bilan, calmement, en s'remémorant chaque instant » (dédicace à Nèg' Marrons, les vrais savent) de sa vie bouffée par l'amertume et les regrets.

Copyright Anime Limited

Rien d'exceptionnel sur le papier excepté qu'il le fait auprès d'un confident étonnant : un balsamier/housenka qui a la faculté de parler mais aussi et surtout, d'écouter son prochain - s'il est un nouveau né où un mourrant.
Soit Akutsu, qui replonge donc dans son passé auprès de son Jiminy Cricket de fortune, et plus particulièrement l'époque où il vivait avec Nana, une femme six ans plus jeune à qui il est incapable de lui avouer ses sentiments, et son fils, Kensuke, dans un appartement délabré, un quotidien particulièrement heureux même si marqué par la précarité, dont la fragilité va voler en éclats lorsqu'il va devoir, pour faire le bien, laisser ses vieux démons venir empoisonner le bonheur éphémère du réel et l'envoyer entre les barreaux...

Au carrefour des cinémas de Shōhei Imamura et de Hirokazu Kore-eda (et, par extension naturelle, du cinéma de sa figure tutélaire Yasujiro Ozu), voire de Takeshi Kitano dans sa manière de faire co-exister violence et humanité (mais également deux familles bien distinctes, une criminelle à la fraternité toxique, et une autre plus saine et pleine d'amour) dans un récit tout autant poignant que contemplatif célébrant la poésie essentielle du quotidien (la douceur des sonorités d'un micro-ondes comme on ne les a jamais entendu), à travers le spleen existentiel d'un yakuza qui préfère commettre et endurer le pire, plutôt que de dire un simple « je t'aime »; Le Dernier Souffle d'un Yakuza est la petite claque délicate derrière la nuque que l'on avait pas vu venir, et qui défend chèrement son pesant de pop-corn.


Jonathan Chevrier