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[CRITIQUE/RESSORTIE] : L'Homme qui voulut être roi


Réalisateur : John Huston
Avec : Sean Connery, Michael Caine, Christopher Plummer,
Distributeur : Splendor Films
Budget : -
Genre : Aventure.
Nationalité : Britannique.
Durée : 2h09min

Date de sortie : 21 avril 1976
Date de ressortie : 27 mai 2026

Synopsis :
Les Indes, fin XIXe. Peachy Carnahan et Daniel Dravot, anciens sergents de l'empire britannique et francs-maçons, se lient d’amitié avec le journaliste Rudyard Kipling. Mi-idéalistes, mi-escrocs, les deux compères en mal d’action ont décidé de réaliser l’inimaginable : rejoindre le Kafiristan, où nul occidental n’a osé pénétrer depuis Alexandre le Grand, et devenir souverains de cette contrée mythique.





Si l'expression, bateau certes mais néanmoins souvent vraie du « c'était mieux avant » à sensiblement perdu de sa pertinence à force d'être dégainé sous le sceau d'une nostalgie souvent mal placée, elle apparaît pourtant difficilement discutable lorsqu'elle vient appuyer un argumentaire bâti sur des faits irréfutables : le septième art d'aujourd'hui, pourtant incroyablement cyclique dans son processus de citation/digestion/régurgitation des productions d'hier, par des cinéastes comme une industrie au coup de rétroviseur facile, n'est plus capable où, soyons plus honnête, n'a plus la volonté de produire de grands drames épiques comme l'âge d'or d'Hollywood les comptait à la pelle.

Impossible d'imaginer aujourd'hui qu'un Lawrence d'Arabie puisse voir le jour (ne citez pas Dune de Denis Villeneuve en référence, respectez-vous), et encore moins un L'Homme qui voulut être roi d'un John Huston encore en pleine possession de ses capacités, chef-d'œuvre monumentale fruit d'une obsession de toute une vie (où pas loin), celle d'un faiseur de rêves fermement décidé à faire de l'un des plus grands - et complexes - récits d'aventure de la littérature britannique signé Rudyard Kipling, l'un des plus grands films d'aventure de son époque.
Capturant merveilleusement autant la densité que l'exotisme exacerbé de son matériau d'origine (on ne pouvait pas en attendre loins d'un conteur d'exception comme le papa de sdd), Huston colle d'autant plus fidèlement à sa narration.

Copyright Wild Side/Splendor Films

L'histoire s'attache donc, aux Indes, à deux anciens militaires, francs-maçons et aventuriers gentiment dénués de tout scrupules, Daniel Dravot et Peachy Carnehan, décidés à braver la nature et les conventions pour caresser une ambition folle :  entrer au Kafiristan - une province légendaire de l'Afghanistan où aucun Européen n'aurait mis le pied depuis Alexandre le Grand - et en devenir les rois.
Aidés par un Ghurka qui se fait appeler Billy Fish, les deux hommes, non sans braver la mort et les éléments, vont réussir à atteindre leur but au coeur de la ville sainte de Sikandergul, grâce à sacré concours de circonstances (incluant un statut nébuleux de conseillers militaires, une flèche en pleine poitrine et une médaille maçonnique), le peuple local pensant Dravot comme un heritier direct d'Alexandre le Grand.
Mais leur chance incroyable va vite se retourner contre eux de la plus brutale des manières qui soient, le tribut d'avoir voulu surmonter une culture qui leur était totalement étrangère, de s'être pris pour des qu'eux et d'abuser des croyances d'autrui et d'un pouvoir qui n'étaient pas le leur...

Fable tragique et spirituelle, spectaculaire et moralisatrice, qui peut autant se voir comme une charge acerbe et sarcastique (Huston oblige) contre le colonialisme (avec ses deux anti-héros motivés par les relents brutaux d'un impérialisme qu'ils ont défendus et aidés à prospérer, moins bouffés par leur avidité que par leur désir ardent de reconnaissance et une auto-glorification malsaine), une célébration déglinguée de l'amitié masculine porté par un tandem Sean Connery/Michael Caine halluciné et hallucinant, à l'alchimie folle et en quasi-contre-emploi (et qui, sans un Paul Newman pensé pour être l'un des rôles titres, n'auraient sans doute jamais pu y trouver deux de leurs plus grands rôles), tout autant qu'un portrait sombre et fascinant des limites de la psyché humaine et d'une ambition aveugle et insensée qui ne peut que mener qu'à la perte (que le cinéaste ne fustige jamais, quitte à tisser une vraie empathie pour ses personnages); L'Homme qui voulut être roi, cousin des odyssées épiques de David Lean et Akira Kurosawa, est un chef-d'œuvre embaumé d'or, d'orgueil et de folie, dont la (re)découverte est l'une des expériences les plus immanquables du moment.


Jonathan Chevrier