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[FUCKING SERIES] : Alice & Steve saison 1 : La guerre est déclarée


(Critique - avec spoilers - de la saison 1)


Alice et Steve sont amis depuis trente ans. Alice élève ses deux enfants avec le patient et doux Daniel, mais c'est avec Steve, coiffeur renommé et fraîchement divorcé, qu'elle partage ses rires et ses délires. Jusqu'au jour où ce cher Steve tombe amoureux d'Izzy, la fille de 26 ans d'Alice. Dévastée, Alice va tout faire pour détruire cette relation.

Alice et Steve a remporté plusieurs prix au dernier Canneseries, dont celui de la meilleure série. Diffusée sur Hulu/Disney +, cette série britannique en six épisodes d'une demi-heure signée Sophie Goodhart (ancienne scénariste de Sex Education) est franchement enthousiasmante. En à peine trois heures qui se dévorent d'une traite, elle raconte l'implosion d'une longue amitié où tous les coups sont permis : coups bas privés (appeler les ex) comme professionnels (réputation salie). La mise en scène de cette destruction est souvent hilarante, parfois ridicule, mais finalement très crédible. L'humour capte parfaitement la colère, la frustration et la jalousie qui traversent les personnages face à ce malaise inconfortable et leurs interrogations face aux conventions sociales. Ils enchaînent les mauvais choix, écoutant leurs émotions à vif sans mesurer les conséquences pour les autres et pour eux-mêmes.

La série propose une réflexion intéressante sur l'évolution des relations : il suffit parfois d'un seul événement pour que tout bascule et pour que l'on soit obligé d'accepter que les gens changent. Même si elle ne va pas assez loin, elle interroge aussi la nature même des amitiés hommes-femmes, que ce soit entre Alice et Steve (dont on apprend qu'ils ont couché ensemble par le passé) ou encore entre Daniel et sa collègue, avec qui il peut aborder ses blocages sexuels. 

Copyright Disney+

On verra si ce point sera réellement creusé dans une éventuelle deuxième saison. On serait par ailleurs évidemment ravi de revoir les excellents Nicola Walker (The Split) et Jemaine Clement (Flight of the Conchords, What we do in the shadows). On croit totalement à leur amitié profonde, tout comme à leurs dilemmes et tourments. Joel Fry (Game of Thrones) est très touchant en mari passif qui a laissé trop de place à Steve, tandis que Yali Topol Margalith incarne une Izzy à la fois fraîche, spontanée et un peu perdue, comme on peut l'être à 26 ans dans une situation pareille.

Toutefois, un vrai bémol s'impose. La colère d'Alice est compréhensible : sa fille se met en couple avec un homme qui pourrait être son père et qu'elle connait depuis toujours. Son instinct de mère protectrice qui vire au toxique est crédible. Pourtant, sa fureur explosive la rend parfois franchement antipathique, presque imbuvable, si bien qu'on se surprend à prendre le parti de Steve et Izzy. Or, avec du recul, la rage d'Alice est totalement légitime. Le vrai sujet que la série esquive soigneusement, c'est que Steve connait certainement Izzy depuis sa naissance. À force de vouloir rester légère (notamment dans la romance entre Dom, le fils d'Alice, et Rome), la série refuse d'affronter ce malaise profond et réellement problématique.
Malgré ce problème souligné, cette première saison d'Alice & Steve reste réussie, souvent drôle, cruelle et juste. Elle montre avec finesse à quel point l'amour et l'amitié peuvent se révéler destructeurs quand les frontières bougent et que le sentiment de trahison prend le dessus. On regrette simplement qu'elle n'ait pas eu le courage d'aller jusqu'au bout de son sujet le plus dérangeant. Espérons qu'une deuxième saison osera creuser davantage ces thèmes passionnants.


Tinalakiller