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[CRITIQUE] : Une famille de bâtards


Réalisateur : Mourad Winter
Acteurs : Hakim Jemili, Laura Felpin, Benjamin Tranié, Florence Foresti, Kad Merad,...
Distributeur : Amazon Prime Vidéo France
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h45min.

Synopsis :
Paname, 1997.
À la suite d’une fusillade ayant laissé pour mort son père, Mohamed apprend que ce dernier, visiblement adepte des plaisirs de la chair, lui cachait Maurice et Morgane, deux frère et sœur jusque-là inconnus et aux caractères bien trempés. Pire, l’évènement oblige Mohamed à cohabiter avec ses néo-frangins et ainsi s’occuper de “Chez Momo”, haut lieu du vice parisien, qui brasse autant de mousse que de magouilles et d’amour tarifé.
Bien que conseillé par Djilali, pilier immémorial du bar, et Sylvie, entraîneuse historique qui connaît la maison comme sa poche, le trio devra tout tenter pour sauver le bistrot, endetté jusqu’au cou... sans se faire plumer par la pègre locale.
Entre arnaque, machines à sous et crises de fratrie, ils découvriront ensemble que les liens du sang, ça tâche, et c’est dur à faire partir.





On avait été de ceux à avoir beaucoup apprécié le premier passage derrière la caméra de l'humoriste, romancier et désormais cinéaste Mourad Winter, L'amour c'est surcoté, qui alliait l'utile à l'agréable en adaptant de propre roman éponyme, (très) charmante valse des sentiments vissé sur l'attachante et hésitante romance qui unit un gentil loser endeuillé, Anis, anti-pro de la drague et effrayé par toute idée d'engagement, et une pétillante et craquante jeune femme, Madeleine solide sur ses appuis et qui va lentement mais sûrement, l'aider à s'affranchir de toutes ses barrières.

Conscient qu'il ne réinventait jamais réellement une popote familière pour tous, le bonhomme, à la mise en scène étonnamment rythmée, démontrait tout du long sa propension à la comprendre jusqu'au bout des ongles, à l'approfondir pour mieux s'amuser avec (et rares sont les péloches capable de le faire ces dernières années), mais également à faire preuve de justesse dans sa façon authentique et adulte de concevoir la relation amoureuse.

Copyright Iconoclast Films

Le tout en parsemant son plat de résistance avec des dialogues joliment ciselés, assénés par une distribution dynamique totalement emportée par un enthousiasme furieusement communicatif, et ce sans que cet humour affûté ne vienne plomber aussi bien ses élans romantiques comme son pendant dramatique - la difficile gestion du deuil en tête.
Autant dire donc que l'on attendait son film dit de la confirmation, chapeauté dans la foulée de la sortie de son premier, Une famille de bâtards, pour lequel il convoque le même trio vedette - Hakim Jemili, Laura Felpin et Benjamin Tranié -, avec quelques nouvelles têtes (Florence Foresti et Kad Merad), pour mieux aborder un genre sensiblement plus sinueux : le film de gangster/mafieux bien de chez nous, avec une bonne dose de comédie.

Itinéraire de bras cassés vissé sur un pitch un poil foutraque (les enfants - dont un qui ne savait même pas qu'il était son fils - d'un patron de bar lié au crime organisé, relancent sa prolifique et plurielle affaire - prostitution, machine à sous et autres combines - au moment où celui-ci se fait descendre, le tout avec la pègre corse sur leurs côtes) et flanqué au coeur des 90s, le film prend sensiblement son temps avant de trouver son groove, à l'image d'un Benjamin Tranié en mode diesel qui déroule tranquillement mais sûrement un solide one-man-show qui éclipse ses camarades de jeu (plus sur la retenue, et à raison, même si Florence Foresti en impose avec un temps de présence limitée).

La faute à une écriture un chouïa pachydermique et ouverte aux clichés faciles, qui ne sait pas totalement sur quel ton danser (quitte à longtemps galèrer pour s'accorder entre le polar, la comédie dramatico-familiale et le film de gangsters) ni vers quel personnage réellement tendre (l'empêchant, de facto, à approfondir la moindre de ses pistes), tout comme un humour pas toujours finaud où surnagent quelques punchlines il est vrai plutôt musclées.

Copyright Iconoclast Films

Comédie mafio-vintage peut-être étirée plus que de raison et résolument trop dispersée, qui ne laisse pas assez s'exprimer un pendant émotionnel pourtant prégnant, mais qui possède néanmoins un vrai charme (en grande partie grâce à sa distribution au diapason) et une mise en scène à la sobriété salutaire, Une famille de bâtards laisse néanmoins un réel goût d'inachevé.
Mais ce n'est pas parce que Mourad Winter passé difficilement la seconde, que l'on ne scrutera pas avec un intérêt sérieux le reste de son aventure cinématographique - que l'on espère prospère.


Jonathan Chevrier