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[CRITIQUE] : Au bord du monde


Réalisatrice•eur : Guérin Van de Vorst et Sophie Muselle
Acteurs : Mara Taquin, Sasha Deprez, Hamza Essalouh, Nathalie Lenoir,...
Distributeur : Singularis Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Belge.
Durée : 1h45min.

Synopsis :
Alexia, 25 ans, volontaire et idéaliste, arrive comme infirmière stagiaire dans le service fermé d’un hôpital psychiatrique. Malgré les avertissements de Joëlle, l’infirmière en chef, sur la distance à garder avec les patients, Alexia va se rapprocher de Mila, une patiente de 20 ans, qui ne comprend pas ce qu’elle fait là. Touchée par sa colère, Alexia va remettre en question l’institution…





Tous les amateurs de bons (n'ayons pas peur des superlatifs, excellents) documentaires argueront - à raison - qu'il n'y a sans doute pas plus juste plongée au coeur du milieu difficile de la psychiatrie, que le triptyque Sur l’Adamant,
Averroès & Rosa Parks et La Machine à écrire et autres sources de tracas de l'orfèvre Nicolas Philibert, qui décortique la mécanique complexe de la guérison d'une psychiatrie qui donne/réhabilite la parole des patients, qui met l'humain au centre à une heure où notre système de santé en est dépourvu dans ses plus hautes sphères, où notre système de santé a dépassé le simple stade (supposément alarmant pourtant) de l'agonie.
Le tout à travers un équilibre délicat entre rigueur et empathie, entre lucidité et humanité, une vision qui ne se perd jamais dans les méandres vulgaires du moindre jugement hautain et putassier, et qui rend autant un hommage sensible aux soignants, qu'elle offre un regard joyeux et humain sur la maladie là où la société peine encore, dans sa généralité, à la mirer droit dans les yeux.

Copyright Wrong Men Productions

Un sujet comme un milieu difficile, rarement abordé avec justesse, qui sert donc de cadre au premier long-métrage du tandem de wannabe cinéastes Guérin Van de Vorst et Sophie Muselle, Au bord du monde, qui garde cette idée de placer tout du long les patients comme les soignants au premier plan, sans fondamentalement parasiter cette union par des disgressions parasites (le film peut intimement se voir comme un huis clos suspendus hors du temps, où tous les personnages sont emprisonnés dans une boucle appelée à se répéter sans cesse), à travers une immersion à la dure au coeur d'un service psychiatrique fermé de Bruxelles où débute à contrecœur une jeune infirmière stagiaire déterminée et un brin idéaliste, Alexia (touchante Mara Taquin), qui remet vite en cause les méthodes/conseils hiérarchiques - surtout ceux de son infirmière cheffe définitivement plus expérimentée -, lui intimant notamment d'instaurer une vraie distance émotionnelle et empathique avec les patients.
Ce qu'elle ne va, évidemment, pas faire en tissant des liens avec Mila (excellente Sasha Deprez), à peine plus jeune qu'elle, qui ne comprend pas réellement ce qu’elle fait là...

Copyright Wrong Men Productions

Jonglant joliment sur le fil ténu de l'ambiguïté (est-ce Alexia qui a raison de lutter face aux manquements du service et les directives hiérarchiques, où son comportement et son approche, qui ne fontt qu'alimenter encore un peu plus le feu des tensions humaines, sont-ils mauvais ?), tout en scrutant le dit « bord » autour duquel tout le monde flirte (un personnel sous tension et aux moyens de plus en plus limités; des patients psychiquement à bout et coupés de tout : deux faces d'une même pièce lessivée et isolée), sans jamais se laisser aller à la caricature dans ses portraits résolument nuancés (surtout du personnel soignant, sans pour autant omettre la difficulté comme la violence - dans les deux sens - du métier); Au bord du monde, qui n'a jamais peur de créer l'inconfort dans sa volonté de confronter frontalement son auditoire à l'aliénation (jusque dans sa mise en scène, caméra à l'épaule au plus près des visages et des corps), se fait une séance puissante et désenchantée sur un monde - pas uniquement hospitalier - en souffrance et à l'agonie, qu'on ne cherche pas à mener vers une quelconque voie de la guérison.


Jonathan Chevrier