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[CRITIQUE] : Leaving Amerika


Réalisatrice : Marie-Pierre Brêtas
Acteurs : -.
Distributeur : DHR distribution / A Vif Cinemas
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h57min.

Synopsis :
Un matin, mon ami Derrick m’appelle depuis Miami : Il m'annonce qu'il vient de laisser son appartement et dort dans sa voiture. À presque 50 ans, il est épuisé de se débattre dans le labyrinthe ultralibéral et raciste des Etats-Unis d'Amérique à la recherche d'une issue. Il a décidé de quitter son pays. Avant, il veut solder les démons de son passé. Nous entreprenons ensemble un voyage vers ces lieux, vers une Amérique qui ghettoïse, vers les violences qu'il s'était juré d'esquiver - les siennes comme celles affrontées- mais aussi vers des territoires de solidarité, de soutien de l'autre. En bref, vers des espaces où l'on se confronte à ce que veut dire grandir et se construire en tant qu'homme noir avec et malgré les entraves d'un système pensé pour écraser.




Bien plus encore que le drame, le road movie est le genre cinématographique le plus propice à laisser parler, sincèrement, les émotions d'une histoire et de ses personnages, sans doute parce que la simplicité évidente qu'il convoque (aller d'un point A à un point B), lui permet d'aller strictement à l'essentiel, de laisser vivre et vibrer sa narration au gré des points clés et autres rebondissements d'un périple à la fois physique et intime.

L'essence même, au fond, de l'influence apporté au genre par le cinéma américain (et, en grande partie, par la figure tutélaire qu'est John Ford), délicatement bâti sur les aspirations et les désirs - qu'ils soient bons comme mauvais  - de protagonistes promis à une vraie catharsis émotionnelle.
Et puis, après tout, Robert Louis Stevenson ne disait-il pas que " l'important, ce n'est pas la destination, mais le voyage en lui-même "?
(Ouais parce qu'on ne fait pas que regarder des films, on lit aussi un peu hein).

Copyright A vif cinémas

Le voyage, profondément rugueux et introspectif au coeur du documentaire Leaving Amerika de Marie-Pierre Brêtas, tire sa vérité dans un réel des plus tragique : celle de Derrick, figure d'âge mûr dont l'existence affreusement précaire cristallise à elle seule, la condition de la communauté Afro-américaine dans une Amérique au racisme systémique, une nation bâtie dans une violence qu'elle perpétue avec une frénésie sourde, une haine qui empoisonne - littéralement - l'âme des hommes.
Amie de longue date du quinquagénaire, la cinéaste sonde la misère de son quotidien, condamné à dormir dans sa voiture et à ballotter le peu d'affaires qu'il lui reste à droite et à gauche, mais aussi ce qui s'apparente à comme à un (dépôt de) bilan d'une existence cabossée et aussi lucide que lessivée par un système consciemment déshumanisé et déshumanisant, dont la brutalité - d'autant plus celle institutionnelle - distille un climat d'angoisse constant et viscéral tel, qu'un homme noir ne se sent finalement libre que lorsqu'il en traverse, pour de bon, ses frontières.

Une figure passionnante pour un documentaire qui ne l'est pas moins, portrait amer et authentique d'un homme qui renoue avec les différents lieux, souvenirs et maux de sa vie pour mieux repartir délesté de tout ce qui est superflu, dans une forme de jeu de pistes pavé et brisé où chaque arrêt se fait état d'un uppercut dans les tripes, d'un constat sans détour sur une vérité effroyable mais indiscutable : même dans son propre pays, on peut être considérer comme un étranger.


Jonathan Chevrier