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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Leaving Las Vegas


Réalisateur : Mike Figgis
Avec : Nicolas Cage, Elisabeth Shue, Steven Weber, Julian Sands,…
Distributeur : Dulac Distribution / StudioCanal
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h51min

Date de sortie : 20 mars 1996
Date de ressortie : 20 mai 2026

Synopsis :
Après avoir été licencié de la société de production où il travaillait, Ben, scénariste alcoolique, part pour Las Vegas avec l’intention de s’y perdre entièrement. Installé dans un hôtel miteux, à proximité des bars ouverts jour et nuit, il rencontre Sera, une prostituée dont il tombe amoureux. Elle choisit de l’héberger et l’accompagne dans sa déchéance, tandis qu’une relation intense et fragile se noue entre eux, au cœur des excès de la ville.





Assez cocasse de se dire qu'au moment même où Nicolas Cage recevait l'oscar du meilleur acteur pour sa performance dans Leaving Las Vegas, l'accomplissement de sa jeune carrière (voire de toute sa carrière, n'ayons pas peur des mots) qui allait sensiblement lui faire changer de statut au coeur de la chaine alimentaire de l'impitoyable jungle Hollywoodienne, le comédien opérait un virage creatif à 180 degrés en entrant avec fracas dans le cinéma musclé et spectaculaire du tandem Don Simpson/Jerry Bruckheimer, qui allaient lui faire tutoyer les cimes d'un box-office qui, jusqu'ici, lui était totalement secondaire dans son parcours.

Mais revenons-en à nos moutons, car si l'on ne bouderais jamais nos plaisir à louer les louanges d'un Rock de tonton Michael Bay, d'un 60 secondes chrono de Dominic Sena où encore d'un Les Ailes de l'Enfer de Simon West, priorité au petit bijou de Mike Figgis (une adaptation du roman semi-autobiographique éponyme de feu John O’Brien), qui se fait tout autant une plongée férocement immersive dans les ravages de l'alcoolisme et de la dépression, qu'une réappropriation/réinterprétation particulièrement fine - et culottée - des codes de la romance classique purement hollywoodienne, à travers le symbole d'un amour baigné autant dans l'autodestruction la plus totale que dans une bienveillance authentique et naturelle, une lueur de quiétude à la fois essentielle et irrémédiablement fugace.

« I don't know if I started drinking 'cause my wife left me or my wife left me 'cause I started drinking, but fuck it anyway. »


© DULAC DISTRIBUTION / STUDIOCANAL.

Aimer pour deux âmes au fond du trou telles que Sera, une prostituée à l'existence chaotique et désenchantée, et le douloureusement pitoyable Ben Sanderson, scénariste alcoolique viré par sa boîte et abandonné par sa femme, c'est presque une chimère que vient un temps tromper leur coup de foudre lancinant, deux trajectoires - pas si - contraires qui tentent de briller l'une pour l'autre dans une « Cité du Péché » - Las Vegas - qui ne vit que pour lentement broyer ceux qui se hasardent à l'approcher de trop près.
Deux âmes bouffées par une existence qui les consume à petit feu (un feu définitivement plus riche en braises pour Ben, certes, alimenté par un alcool qui irrigue plus son corps que son propre sang), mais prête à s'accepter telles q'elles sont et à s'offrir un répit éphémère avant que le baiser empoisonné de la mort n'emporte tout sur son passage : il ne fait presque aucun doute que Sera ne puisse jamais sauver Ben - tout juste l'accompagne t-elle avec compassion le temps qu'elle le peut -, dont la pathologie comme le désir fiévreux d'en finir, est plus fort que l'amour improbable mais réel et sincère, que le destin lui a envoyé sur son chemin tout en déchéance.

« I think the thing is, we both realized that we didn't have that much time. And I accepted him for who he was, and I didn't expect him to change, and I think he felt that for me, too. I liked his drama, and he needed me. And I loved him. I really loved him. »

Fin et bouleversant portrait psychologique d'une figure qui n'est plus que l'ombre d'elle-même, décidée à ce que l'alcool ronge chaque parcelle de son être avant qu'il ne l'emporte pour de bon, dont le fatalisme désespéré est contrebalancé d'une manière particulièrement troublante, par une intimité et empathie à toute épreuve; Leaving Las Vegas ne serait évidemment rien, au-delà de la mise en scène naturaliste et inventive d'un Figgis qui a dû se démener avec un budget excessivement limité, sans la délicatesse désarmante d'une merveilleuse Elisabeth Shue, ni sans la folie fiévreuse et la poésie mortifère d'un Nicolas Cage absolument magistral.
Les phares lumineux d'un drame à la beauté tragique et cynique qui démontre dans l'amertume que oui, l'amour n'est, littéralement, qu'une question d'ivresse...


Jonathan Chevrier