[TOUCHE PAS À MES 80ϟs] : #193. The War of The Roses
Nous sommes tous un peu nostalgique de ce que l'on considère, parfois à raison, comme l'une des plus plaisantes époques de l'industrie cinématographique : le cinéma béni des 80's, avec ses petits bijoux, ses séries B burnées et ses savoureux (si...) nanars.
Une époque de tous les possibles où les héros étaient des humains qui ne se balladaient pas tous en collants, qui ne réalisaient pas leurs prouesses à coups d'effets spéciaux et de fonds verts, une époque où les petits studios (Cannon ❤) venaient jouer dans la même cour que les grosses majors légendaires, où les enfants et l'imaginaire avaient leurs mots à dire,...
Bref, les 80's c'était bien, voilà pourquoi on se fait le petit plaisir de créer une section où l'on ne parle QUE de ça et ce, sans la moindre modération.
Alors attachez bien vos ceintures, mettez votre overboard dans le coffre, votre fouet d'Indiana Jones et la carte au trésor de Willy Le Borgne sur le siège arrière : on se replonge illico dans les années 80 !
#193. La Guerre des Rose de Danny DeVito (1989)
La genèse du projet repose sur l’attrait de Danny DeVito pour les récits satiriques capables de mêler comédie et critique sociale. Déjà acteur et réalisateur expérimenté, il choisit de mettre en scène ce roman afin d’explorer les excès et contradictions du rêve américain : le couple modèle, la maison spacieuse, le confort matériel et l’illusion de stabilité. DeVito développe le scénario avec Michael Leeson, en accentuant les éléments comiques tout en préservant la noirceur de la tragédie conjugale. L’accent est mis sur l’escalade progressive du conflit, qui transforme des désaccords ordinaires en batailles d’une intensité à la fois absurde et cruelle.
![]() |
| © 1989 Twentieth Century Fox Film |
Le film repose avant tout sur la performance de son duo principal. Michael Douglas incarne Oliver Rose, homme charismatique et rationnel qui se croit maître de la situation mais se heurte à la détermination de son épouse. De l’autre côté, Kathleen Turner interprète Barbara Rose, femme forte dont l’intelligence stratégique et la combativité transforment la séparation en conflit quasi guerrier. La tension entre Douglas et Turner est au cœur du film : leur alchimie dramatique et comique permet de rendre crédibles les scènes d’escalade, où l’amour passé se mue en ressentiment et en rivalité acharnée. DeVito lui-même apparaît dans le rôle de Gavin D’Amato, l’avocat chargé de gérer la séparation, personnage à la fois sarcastique et impuissant, qui agit comme un miroir humoristique de l’absurdité de la situation.
La mise en scène de DeVito exploite habilement le cadre domestique pour en faire un espace de tension. La maison des Rose devient un personnage à part entière : ses pièces, son mobilier, ses objets du quotidien sont autant d’armes et de champs de bataille dans la lutte entre les époux. Les scènes où les biens matériels deviennent instruments de destruction ou symboles de revanche traduisent visuellement la guerre psychologique et physique entre les personnages. DeVito joue sur les contrastes entre le confort apparent et le chaos intérieur, accentuant le comique noir tout en soulignant l’obsession pour la possession matérielle.
Les dialogues, écrits avec soin, constituent l’un des moteurs principaux du film. L’ironie, le sarcasme et l’exagération verbale traduisent la dégradation de la relation et le glissement progressif de l’amour vers l’animosité. DeVito exploite également le silence et les gestes pour accentuer la tension : un regard, un déplacement furtif, un geste inattendu suffisent à transformer une scène apparemment banale en moment de suspense ou de comique grinçant.
Le film développe plusieurs sous-textes sociaux et psychologiques. Il explore la manière dont les relations humaines peuvent être détruites par l’ego, la jalousie et l’attachement aux possessions matérielles. La maison, le mobilier et l’argent deviennent des symboles de pouvoir et de contrôle, reflétant la société matérialiste et compétitive dans laquelle évoluent les personnages. Le récit illustre également la transformation de l’intimité conjugale en affrontement stratégique : chaque mouvement, chaque décision devient calculée, et la lutte pour la domination domestique se substitue à la communication et à l’affection.
![]() |
| © 1989 Twentieth Century Fox Film |
Parallèlement, le film peut être interprété comme une métaphore de l’absurdité des conflits humains lorsqu’ils sont exacerbés par le désir de contrôle et la fierté personnelle. La destruction progressive de la maison, image de la famille et du foyer, traduit visuellement la manière dont les conflits personnels peuvent entraîner des conséquences irréversibles, tout en soulignant l’ironie tragique de la situation.
L’œuvre reste aujourd’hui une référence dans le cinéma de comédie noire, où le quotidien devient théâtre de luttes impitoyables, et où la destruction des biens matériels reflète la désintégration émotionnelle et morale des personnages.

.jpg)








