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[CRITIQUE] : If I Had Legs I'd Kick You


Réalisatrice : Mary Bronstein
Avec : Rose Byrne, Helen Hong, Josh Pais, Christian Slater,…
Distributeur : HBO Max France
Budget : -
Genre : Comédie, Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h53min.

Synopsis :
La vie de Linda s'écroule autour d'elle, elle doit alors affronter ses démons intérieurs.





Il y a quelque chose d'infiniment triste dans le fait que If I Had Legs I'd Kick You, second long-métrage de la talentueuse cinéaste Mary Bronstein, débarque après la bataille dans l'hexagone (pas un cas isolé, malheureusement), loin après son buzz positif post-Mostra, comme de sa campagne en pleine course aux statuettes dorées, merveilleuse comédie dramatico-existentielle sensiblement à la lisière de l'horreur, tout du long cloué aux basques de la lente descente aux enfers d'une psychothérapeute à l'existence dissolue et complexe (sa fille est atteinte d'une maladie mystérieuse à l'estomac qui l'oblige à être nourrie par sonde chaque nuit; son mari est aux abonnés absents; le plafond de leur maison s'effondre, provoquant une inondation qui a faillit mettre leur vie en péril et les obligeant à déménager elle et sa progéniture dans un motel délabré), dont l'accumulation coton de problèmes dont elle repousse continuellement la résolution (quitte à repousser le poids insoutenable de son fardeau sur ses propres patients), couplée à sa propension à vouloir tout contrôler - et encore plus ses émotions -, la fait irrémédiablement glisser dans les bras d'une dépression nerveuse carabinée.

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Une spirale infernale d'autodestruction où elle est littéralement au bord du gouffre (la symbolique peu originale du trou béant, celui qui assaille physiquement la chair de sa chair - et par lequel elle est nourrit -, et celui métaphorique donc, avec lequel elle swingue dangereusement, à travers des hallucinations qui viennent certes un brin plomber la linéarité de son parcours à la structure, là aussi, un poil trop rationnelle), où elle a désespérément besoin d'un soutien qui ne se présente jamais à sa porte (en partie parce que personne ne perçoit sa détresse, d'autant qu'elle n'est jamais prompt à pleinement la montrer et encore moins à l'accepter), étouffée qu'elle est par les pressions sociales dont les regards comme les attentes sont assassines, rongée par l'horreur d'une culpabilité maternelle sans issue : elle culpabilise de ne jamais véritablement avoir été une bonne mère et, finalement, de ne jamais réellement avoir voulu l'être (ni être mère, tout court), mais aussi et surtout d'avoir mis au monde un enfant condamné à souffrir toute son existence, sans qu'elle n'est aucune emprise sur sa souffrance - ni la sienne.

Frappant son exposé d'un humour noir aussi subtil que ravageur, essentiel pour accompagner cette personnification instable d'une explosion physique et existentielle de toute la charge mentale imposée aux femmes (ce qui le rapproche instinctivement du tout aussi récent Die My Love de Lynne Ramsay), Bronstein expose la vulnérabilité de son anti-héroïne, magistralement incarnée par Rose Byrne (sans aucun doute, LA plus grande performance de sa carrière) avec une vérité comme une crudité rare, plaquant sa caméra au plus près de son corps et de son esprit brisés à travers une mise en scène réfléchie tout autant nerveuse qu'immersive, qui semble se consumer sans réserve avec elle tout en célébrant sa résilience.
Une sacrée expérience donc, qui aurait mérité une sortie beaucoup plus bruyante.


Jonathan Chevrier