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[CRITIQUE/RESSORTIE] : La ragazza di bube


Réalisateur : Luigi Comencini
Avec : Claudia Cardinale, George Chakiris, Marc Michel,…
Distributeur : Tamasa Distribution
Budget : -
Genre : Drame, Policier.
Nationalité : Italien, Français.
Durée : 1h50min

Date de sortie : 16 septembre 1964
Date de ressortie : 29 avril 2026

Synopsis :
En Toscane, à la fin de la Deuxième Guerre mondiale, Mara rencontre Bube, un ancien résistant. Ils tombent amoureux mais Bube est obligé de fuir le pays car il est accusé d’un assassinat politique. Mara reste en Italie à l’attendre, mais elle rencontre Stefano qui lui demande de l’épouser. Elle est sur le point d’accepter, résignée de revoir un jour Bube, quand elle reçoit subitement de ses nouvelles.





Vous reprendez bien un peu de vin italien venu des 60s/70s, entre deux blockbusters rutillant made in america et en apéritif d'une session cannoise résolument bien garnie ?

Au sein d'un calendrier des sorties furieusement chargé, les ressorties aux petits oignons de Tamasa Distribution (au même titre que Splendor Films, Les Films du Camélia, Potemkine ou encore Carlotta Films et Les Acacias, on n'oublie jamais de mentionner ceux qui nous gatte) incarnent autant une bouffée d'air frais, que la possibilité de découvrir - où de re-découvrir - des merveilles du cinéma d'hier, qui ont pour beaucoup, influencées le cinéma d'aujourd'hui (car les influences sont et ont toujours été, cyclique).
Le mélodrame politico-romantique doux-amer La Ragazza di bube de Luigi Comencini (plus habitués aux comédies purement italiennes) répond pleinement à cette définition tout en nous offrant, si besoin était, une énième occasion d'admirer le talent comme la beauté incendiaire de la regrettée Claudia Cardinale.

Adaptation du roman éponyme de Carlo Cassola, la narration s'attache, dans l'immédiateté de l'après-guerre, au point de vue comme aux aternoiements de Mara, égocentrique juste ce qu'il faut et plus belle plante de son village de Toscane, une jeune femme dont le cœur balance entre deux vies comme deux hommes dissemblables : Arturo « Bube » Cappellini, un partisan communiste dont elle est tombée amoureuse au premier regard et qui, du jour au lendemain, est contraint de s'enfuir à l'étranger après avoir commis l'irréparable - il a tué un brigadier faciste et son fils -; et Stefano, qui se rapproche d'elle naturellement (les deux portent le poids douloureux de leur passé en bandoulière) et lui promet une existence tranquille, alors qu'elle attend désespérément le retour du premier - retour qui bousculera encore un peu plus cette équation sentimentale tout en hésitations et en incertitudes.

Embaumé dans la musique incroyablement mélancolique de Carlo Rustichelli, le film impressionne autant dans sa manière de combiner une représentation crue et intransigeante de la réalité de l'Italie fracturée d'après-guerre (dans ses préoccupations politiques comme social(istes)es, tant le contexte politique joue un rôle majeur dans le développement et l'évolution de chacun des personnages), et un récit puissant et aux accents mélodramatiques assumés, noué autour des notions d'émancipation, de renoncement et de sacrifice, savamment expurgé de tout jugement moral putassier.
Férocement hypnotisé par une exceptionnelle Claudia Cardinale, la caméra épouse tout du long son jeu nuancé comme ses courbes avec une dévotion religieuse, éclatante qu'elle est en héroïne à la fois forte et désespérément en quête d'amour, passant avec une justesse flamboyante d'une jeunesse naïve à une maturité passionnée où elle est maîtresse de ses choix, écoutant son cœur plus que sa raison.

Elle est le phare magnétique et magnifique de ce mélo peut-être un poil sur-écrit et pas toujours bien incarné (coucou Georges Chakiris), mais passionnant et déchirant dans son portrait d'une figure féminine sûre d'elle et de ses décisions, dans une nation meurtrie encore incapable de se redresser.


Jonathan Chevrier