Breaking News

[CRITIQUE] : Self Driver


Réalisateur : Michael Pierro
Acteurs : Nathanael Chadwick, Reece Presley, Lauren Welchner,...
Distributeur : Shadowz
Budget : -
Genre : Thriller.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h30min.

Synopsis :
Un chauffeur de taxi désespéré rejoint une application mystérieuse qui promet de l'argent facile, l'entraînant dans les bas-fonds de la société. Au fil de la nuit, sa morale est mise à l'épreuve...





Il est assez rare de pouvoir louer tout le catalogue d'une plateforme à une époque où la quantité prime souvent (tout le temps?) sur la qualité, à une heure où la course au contenu fait souvent produire et/où acheter n'importe quoi, voire même à le distribuer n'importe comment (cette petite crotte de nez pleine d'amour est pour toi, Prime Vidéo).
Mais force est d'admettre qu'à l'instar de Mubi, Shadowz se plie en quatre pour nous fournir en bonnes péloches horrifiques, qu'elles soient cultes, méconnues où même inédites, et mérite pleinement aussi bien l'intérêt, qu'un petit coup de projecteur à l'occasion (c'est gratuit, et ça ne mange pas de pain), quand bien même on se montre un poil moins assidus ces derniers mois, dans l'exploration de ses petites nouveautés.

On rattrape - en partie - notre retard avec Self Driver, estampillé premier long-métrage du wannabe réalisateur et scénariste Michael Pierro,  tout du long vissé sur le calvaire définitivement trop réel d'un chauffeur pour une société de transport (simplement surnommé « D », symbole peu subtil certes, pour exprimer qu'il n'est qu'un pion anonyme et interchangeable d'un système où ils sont des milliers comme lui) qui peine méchamment à joindre les deux bouts, et qui accepte à ses risques et périls de travailler pour une autre entreprise qui lui promet un salaire plus élevé, juste pour une simple nuit de travail...

Image via MMXXIV SUMMO DUO INC. / Collider

Monumentale erreur donc, pour ce qui peut se voir comme le rejeton officieux du monument Collateral de Michael Mann (avec un doigt du plutôt correct L'Œil du mal de D. J. Caruso), qui a le bon ton de profiter de son maigre budget pour jouer la carte d'un simili-huis clos flanqué dans l'intimité oppressante d'une voiture, où son protagoniste principal, littéralement enchaîné à son volant et à ses problèmes, est confronté de plein fouet à un dilemme moral aussi corsé qu'universel (Jusqu'où sommes-nous capable d'aller et combien sommes-nous prêt à payer pour renier à nos principes et à notre moralité, pour subvenir à nos besoins et à ceux de nos proches ?), dans une réflexion certes un poil légère mais néanmoins pertinente sur une mécanique sociale contemporaine qui renforce la précarité des plus démunis et les pousse autant à accepter les pressions du patronat (mais aussi la quête extrême de rentabilité/efficacité), comme à franchir la frontière de la légalité.

Odyssée psychédélique certes prévisible mais percutante dans ce qu'elle a à dire sur le monde d'aujourd'hui (jusqu'à sa manière de rendre ludique l'acceptation des pires horreurs), qui retranscrit avec réalisme le calvaire du quotidien stressant des chauffeurs privé, Self Driver, certes pas exempt de quelques incohérences qui font tâches, n'en reste pas moins une belle et rugueuse balade nocturne dans une réalité loin d'être - totalement - fictionnelle.


Jonathan Chevrier