[CRITIQUE] : Saccharine
Réalisatrice : Natalie Erika James
Acteurs : Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden,...
Distributeur : Shadowz / Program Store
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h52min.
Synopsis :
Une étudiante en médecine mal dans son corps se met à consommer une étrange gélule pour perdre du poids, libérant une force surnaturelle qui envahit de plus en plus son quotidien.
Dans le cinéma de genre, certains films collent à la peau de leur époque comme un sirop tiède. Saccharine, troisième long métrage de la cinéaste australo-japonaise Natalie Erika James, en fait incontestablement partie. Présenté en janvier 2026 à la Midnight Section de Sundance, puis dans la sélection Berlinale Special quelques semaines plus tard, ce conte d'horreur psychologique autour de l'image corporelle s'inscrit dans une vague. Celle d'un cinéma fantastique qui, après The Substance de Coralie Fargeat ou The Ugly Stepsister de Emilie Blichfeldt, prend la diet culture à bras-le-corps. Avec une particularité tout de même, son personnage principal, Hana, étudiante en médecine éperdument amoureuse de sa coach de gym, perd du poids en avalant les cendres des morts qu'elle dissèque. L'idée, brillante de gloutonnerie symbolique, donne au film sa charge la plus mordante.
Natalie Erika James ne cache pas que Saccharine lui vient d'une blessure familiale. Dans un entretien à Variety, elle raconte avoir grandi entre un père aux prises avec une addiction alimentaire et une mère, en réaction, « extrêmement stricte avec son régime », transformant chaque repas en champ de mines. « J'ai grandi avec beaucoup d'idées tordues sur l'image corporelle, comme tant d'entre nous », explique-t-elle. Le projet est né de ce travail de réparation. Six ans après Relic (2020), bouleversant huis clos sur la démence vu à travers le prisme du fantastique, et après un détour studio avec Apartment 7A (2024), la réalisatrice retrouve ici son terrain le plus fertile : le corps féminin comme territoire hanté.
Acteurs : Midori Francis, Danielle Macdonald, Madeleine Madden,...
Distributeur : Shadowz / Program Store
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h52min.
Synopsis :
Une étudiante en médecine mal dans son corps se met à consommer une étrange gélule pour perdre du poids, libérant une force surnaturelle qui envahit de plus en plus son quotidien.
Dans le cinéma de genre, certains films collent à la peau de leur époque comme un sirop tiède. Saccharine, troisième long métrage de la cinéaste australo-japonaise Natalie Erika James, en fait incontestablement partie. Présenté en janvier 2026 à la Midnight Section de Sundance, puis dans la sélection Berlinale Special quelques semaines plus tard, ce conte d'horreur psychologique autour de l'image corporelle s'inscrit dans une vague. Celle d'un cinéma fantastique qui, après The Substance de Coralie Fargeat ou The Ugly Stepsister de Emilie Blichfeldt, prend la diet culture à bras-le-corps. Avec une particularité tout de même, son personnage principal, Hana, étudiante en médecine éperdument amoureuse de sa coach de gym, perd du poids en avalant les cendres des morts qu'elle dissèque. L'idée, brillante de gloutonnerie symbolique, donne au film sa charge la plus mordante.
Natalie Erika James ne cache pas que Saccharine lui vient d'une blessure familiale. Dans un entretien à Variety, elle raconte avoir grandi entre un père aux prises avec une addiction alimentaire et une mère, en réaction, « extrêmement stricte avec son régime », transformant chaque repas en champ de mines. « J'ai grandi avec beaucoup d'idées tordues sur l'image corporelle, comme tant d'entre nous », explique-t-elle. Le projet est né de ce travail de réparation. Six ans après Relic (2020), bouleversant huis clos sur la démence vu à travers le prisme du fantastique, et après un détour studio avec Apartment 7A (2024), la réalisatrice retrouve ici son terrain le plus fertile : le corps féminin comme territoire hanté.
Le film tient en grande partie sur les épaules de Midori Francis (Grey's Anatomy, The Sex Lives of College Girls), bouleversante en Hana. Son interprétation, charnelle et sans filet, traverse toutes les nuances de la dysmorphie : la honte, l'euphorie chimique, la jubilation du contrôle, puis l'effondrement. Autour d'elle gravitent Danielle Macdonald (Patti Cake$) et Madeleine Madden. Choix notable : le casting est presque entièrement féminin. Une décision qui fait sens et que certains ont questionnée, jugeant qu'elle réduit implicitement les troubles alimentaires à un problème « de femmes ».
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| Copyright IFC Films / Carver Films |
Visuellement, Saccharine est une réussite. Le directeur de la photo Charlie Sarroff (déjà sur Relic) compose des cadres saturés, où les pâtisseries luisent comme des organes et où les néons baignent les scènes nocturnes d'une lumière de néon-noir. James et Sarroff revendiquent l'influence des premiers Wong Kar-wai pour la palette, ainsi qu'un double registre « candy and grime » (bonbon et crasse). La partition électronique de Hannah Peel et le sound design gluant, mâcheur, suintant de l’équipe son, achèvent de plonger le spectateur dans un état physiologique qu'on ne peut qu'appeler nausée fascinée.
Cependant, tout n'est pas parfaitement digéré. En effet, la seconde moitié bascule vers un schéma de film de fantôme plus convenu, apparitions classiques, jump scares attendus, là où la première heure inventait quelque chose de plus singulier. Plusieurs critiques pointent une durée excessive (112 minutes) et un final dont le message sur la grosseur reste ambigu, voire, pour certains, involontairement grossophobe. Le sous-texte queer, l'amour de Hana pour sa coach, est riche mais sous-exploité, et la sous-intrigue familiale (mère mince et critique, père obèse façon The Whale) tire le récit vers le commentaire appuyé.
Reste que Saccharine arrive à un moment précis : celui où l'Ozempic et les agonistes du GLP-1 reconfigurent silencieusement notre rapport au corps, où les « weight-loss crazes » sortent des forums obscurs pour envahir TikTok. James saisit cette anxiété diffuse et la transforme en allégorie : que sommes-nous prêtes à dévorer pour ressembler à l'image qu'on nous vend ? Le hungry ghost, figure du folklore bouddhique, devient ici la métaphore parfaite d'une faim qui ne se rassasie jamais, ni de nourriture, ni d'amour, ni de minceur.
Imparfait mais courageux, dérangeant mais réjouissant dans sa générosité formelle, Saccharine confirme Natalie Erika James comme l'une des voix les plus singulières du cinéma de genre contemporain. Sortie française prévue le 3 juin 2026 par Shadowz et Program Store. À voir l'estomac vide.
Jess Slash'her








