[CRITIQUE] : Macho Dancer
Réalisateur : Lino Brocka
Acteurs : Daniel Fernando, Jaclyn Jose, Allan Paule,...
Distributeur : Carlotta Films
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Philippin.
Durée : 2h13min.
Synopsis :
Après le départ de son amant américain, le jeune Pol décide de suivre son ami Greg à Manille afin de subvenir aux besoins de sa famille. Il fait la connaissance de Noel, un call-boy qui le prend sous son aile et lui trouve une place dans un club gay. Pol va alors découvrir le monde interlope du strip-tease masculin.
Cinéaste philippin prolifique dont le travail a trop rarement dépassé les propres frontières de sa nation - et encore moins atteint les nôtres -, Lino Brocka se voit offrir , régulièrement, par Carlotta Films (toujours dans les bons coups) quelques hommages qui s'en vont dispenser la magie de son cinéma baigné par le néoréalisme, à travers les salles obscures de l'hexagone (et nos collections de DVD/BR dans de superbes éditions, pour ne rien gâcher à la fête).
On se rappelle encore au bon souvenir de Bona dégainé il y a un petit peu moins de deux ans, considéré comme l'une de ses œuvres majeures, transposition sur grand écran d'un épisode de la série anthologique Babae, qui mettait tout de suite dans l'ambiance avec à travers un prologue cru et à la lisière du documentaire, qui établissait sans fioriture un parallèle évident entre le culte de la célébrité et le culte religieux, qui allait irrigué tout son récit.
Une merveille de mélodrame cathartique sur une figure douloureusement pathétique, mise en abîme amusée qui nous renvoyait inconfortablement à nous-mêmes (notamment via une question douloureuse : et si nous étions tous, à différents degrés, les artisans de nos propres maux ?).
Place cette fois, au coeur d'un printemps désespérément trop chaud (une séance cela dit plutôt dans le bon mood), à Macho Dancer, chronique mélodramatico-homoérotique façon plongée au coeur des horreurs du tourisme sexuel à Manille, aux Philippines, clouée aux basques d'un jeune homme qui, passé sa rupture avec son petit ami - un militaire américain -, se voit contraint pour subvenir aux besoins économiques des siens, de tenter sa chance au coeur d'une capitale où il va être initié à l'art du strip-tease masculin au coeur d'un clubs gay local, Mama Charlie...
Portrait nuancé et viscéral d'une jeunesse désenchantée tout autant que d'une Manille bouffée par la précarité et ses vices, où la corruption gouvernementale contrôle tout aussi bien qu'il tire profit de l'esclavage sexuel, par un Brocka qui prend subtilement son temps pour donner dignité et corps à ses personnages, à travers une mise en scène à la fois délicate et pénétrante (sans pour autant renier quelques accents Scorsesiens chers au cinéaste), Macho Dancer et sa sensualité exacerbée qui fonctionne comme un leur pour mieux pointer la brutalité d'une innocence exploitée dans l'indifférence la plus totale (même si le désir existe au coeur de la désespérance la plus totale), est une séance aussi radicale et transgressive que perturbante et émouvante qui vaut, chèrement elle aussi, sa découverte.
Jonathan Chevrier








