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[CRITIQUE] : Hallow Road


Réalisateur : Babak Jalali
Avec : Rosamund Pike, Matrhew Rhys, Megan McDonnell,…
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Thriller, Drame.
Nationalité : Britannique, Irlandais, Américain.
Durée : 1h20min

Synopsis :
La course contre la montre à laquelle se livrent deux parents lorsqu'ils reçoivent, tard dans la nuit, un appel téléphonique de leur fille, victime d'un accident de voiture.





On avait laissé le cinéma du cinéaste iranien Babak Jalali sur une sacrée pépite, Fremont, merveille de séance savoureusement Jarmuschienne qui prenait les courbes d'une étude poignante sur la culpabilité du survivant, doublée d'une réflexion acide sur les relations humaines, trouvant un équilibre délicat entre le drame poignant et réflexif, et la comédie pince-sans-rire savoureuse, cloué aux basques d'une jeune réfu­giée afghane de 20 ans (une incroyable Anaita Wali Zada), ancienne tra­duc­trice pour l’armée amé­ri­caine en Afgha­nis­tan à la solitude exacerbée, tra­vaillant pour une fabrique de for­tune cookies à San Francis­co.

Une expérience sage embaumé dans un noir et blanc cotonneux et au rythme volontairement lancinant (so Jarmusch qu'on vous dit), dicté par le quotidien sans fortune d'une héroïne attachante, véhicule mélancolique d'une étude discrète mais émouvante sur la culpabilité du survivant, doublée d'une réflexion légèrement acide et absurde sur les relations humaines.
Une pépite réaliste et un brin provocatrice, rien de moins.

Copyright Universal Pictures

Plus nébuleux et ambitieux se fait son nouvel effort, Hallow Road, thriller psychologico-claustrophobique et surnaturel qui vire qui vire plus où moins adroitement vers un épisode déroutant de La Quatrième Dimension, passé une première heure pourtant particulièrement prenante, que ce soit dans sa manière de gentiment titiller une angoisse universelle (le cauchemar de recevoir un appel nocturne nous annonçant qu'un proche est en danger, en l'occurrence ici l'appel d'une jeune fille enceinte à ses parents inquiets, qui s'engouffre dans la nuit pour la retrouver alors qu'elle aurait renversé une jeune femme sur une route isolée), où à dérouler une gimmick de huis clos haletant proche de celle de Locke et The Guilty (une seule unité de lieu, deux personnages vissés autour des interventions téléphoniques avec leur fille), qui permet de glisser avec suffisamment de subtilité ses dialogues d'exposition, pour mieux nourrir la complexité de sa famille titre (aux caractères dissemblables) et de ses rapports (culpabilité sous le poids d'une éducation étouffante et tout en sur-protection, même frappé par le sceau des bonnes intentions,...), quitte à laisser de côté les légères incohérences de son déroulement (les dites conversations didactiques entre les personnages, moins thérapeutiques qu'illogiques dans leur dynamique).

Mais au lieu de nouer son intrigue autour d'un questionnement essentiel (Jusqu'où serions-nous près à aller pour nos enfants ? Masquer un meurtre, aussi accidentel soit-il ?), Jalali prend le risque, au demeurant louable, de bousculer les attentes en voguant dans son dernier tiers vers une voie surnaturelle Shyamalanesque en diable qui résout moins son intrigue qu'elle ne laisse de questions sans réponses, en tentant de brouiller les frontières entre réalité et paranormal pour mieux délier le déni profond de son couple vedette (leur fille est disparue après une dispute, et tout le film retrace les événements d'une manière alternative, vraisemblablement dans la psyché du personnage de la mère), autour du folklore de hallow road.

Copyright Universal Pictures UK

Pire, elle ne fait que pointer non sans frustration, les limites d'un exposé qui sait certes faire grimper crescendo sa tension (comme chez... Shyamalan), mais n'est qu'un enchaînement coton de dialogues sur-écrits et d'une interprétation un poil artificiel, moins du côté d'une Rosamund Pike à la sérénité glaçante, que d'un Matthew Rhys obligé de compenser dans un surjeu maladroit.
Les bonnes intentions ne font pas toujours des bons films, et inversement.


Jonathan Chevrier