[CRITIQUE] : L'Affaire Abdallah
Réalisateur : Pierre Carles
Acteur : -
Distributeur : ASC Distribution
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h41min
Synopsis :
Le militant libanais Georges Abdallah a été incarcéré près de 41 ans en France. Ce résistant communiste pro-palestinien s'est vu affubler de l'étiquette ''terroriste''. À tort. Une incroyable fake news et de fortes pressions exercées par les États-Unis sur la France sont à l'origine de cette durée de détention hors-norme. À 74 ans, il a réussi à sortir de prison, debout, ses convictions politiques intactes.
La question à le mérite de se poser : Pourquoi jouer la carte de la fiction procédural inventée de toute pièce, dans une société contemporaine où la véracité de certains cas judiciaires/faits se fait, justement, peut-être encore plus incroyable (et souvent, dans la pire définition du terme) et propice à une mise en lumière/attention plus conséquente.
Après tout, le septième art s'est souvent échiné à pointer - et à raison - les absurdités d'une mécanique judiciaire tout autant à deux vitesses qu'à l'impartialité discutable, pour preuve le cinéma béni d'un Raymond Depardon qui, dans Délits flagrants, pointait les forces comme les défaillances d'un système judiciaire au détour d'un tribunal qui incarnait le miroir de notre société contemporaine, exposait le pouvoir de ceux qui servent la justice à imposer une soumission au plus faible, et de jouer leur (im)partialité en fonction du comportement et l'acceptation où non de celle-ci par l'accusé(e).
De défaillance judiciaire, il en est totalement question avec le documentaire L'affaire Abdallah du cinéaste chevronné Pierre Carles, fruit de huit ans d'investigation, une immersion captivante au plus près du combat labyrinthique du militant pro-palestinien Georges Ibrahim Abdallah qui a longtemps incarné le plus ancien - et de facto, le plus célèbre - prisonnier de France pour des faits à caractère politique : condamné à perpétuité pour complicite d'assassinat terroriste en 1984, il sera finalement libéré 41 ans plus tard (dans l'indifférence la plus totale), sans qu'aucune preuve n'est réellement justifié cet emprisonnement à rallonge.
Sans prendre de gants, le cinéaste retrace méticuleusement son existence comme ses longues années d'espoirs vains (une vie perdue et qui ne lui sera jamais rendue, à lui comme à ses proches), tout en lançant une charge frontale sur le scandale dont il est la victime, entre ingérences/manipulations politiques (dont l'hypocrisie comme le cynisme trop tranquille est sensiblement raillé) et médiatiques mettant à mal le statut du " pays des droits de l'homme " d'une France dont les principes et les valeurs n'ont eu de cesse de fondre comme neige au soleil.
Un documentaire percutant et nécessaire, tien de moins.
Jonathan Chevrier







