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[CRITIQUE] : La petite graine


Réalisateurs : Mathias et Colas Rifkiss
Acteurs : Sébastien Chassagne, Louise Massin, Oussama Kheddam, Delphine Baril,...
Distributeur : Les Films de l'Atalante
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Français.
Durée : 1h36min.

Synopsis :
Denis et Céline rêvent d’avoir un enfant. Après des années d’inséminations artificielles infructueuses, ils se lancent dans le plan de la dernière chance : demander à Piche, un ancien camarade de classe dont Denis était le souffre douleur, de les aider.





Qu'ils soient d'une flamboyante réussite ou proprement insipides, les premières réalisations sont toujours plus ou moins frappées par le sceau rafraîchissant de la nouveauté (mais pas forcément de l'originalité, une nuance loin d'être anodine), de cette petite excitation face à la possibilité de découvrir une nouvelle voix singulière voire, dans le meilleur des cas, l'un des potentiels grands cinéastes de demain (et, quoiqu'on en dise, le cinéma français en compte déjà une jolie petite liste).

En ce sens, le baptême du feu des jumeaux wannabe cinéastes Mathias et Colas Rifkiss, La Petite Graine - extension de leur propre court-métrage La Charge Mentale -, a tout d'une pépite que l'on avait pas forcément vu venir, comédie dramatico-sociale qui tire d'une injonction présidentielle absurde (le fameux " réarmement démographique ") et d'un sujet difficile, une sensible et pertinente exploration des rouages de l'amour comme de la vie de couple, sous le poids des impératifs d'une société contemporaine horriblement oppressive et normative.
Tout part d'un point de départ on ne peut plus simple : le désir d'enfant d'un couple à qui la vie ne fait que de leur répondre par la négative, après des années d’inséminations artificielles infructueuses.

Copyright Les Films de l'Atalante

Mais Denis et Céline ne baissent pas pour autant les bras malgré les frustrations à répétition, et se lancent alors dans un plan de la dernière chance désespéré et improbable sur le papier : demander de l'aide comme convainvre un ancien camarade de classe, Antonio aka " Piche ", dont Denis était le souffre douleur, accompagné très vite par Mégane, mère de quatre enfants qui entend gentiment dissuader le couple, de par son expérience, à devenir parents...
Du comique de situation sur des figures en apparence simpliste - voire caricaturales - donc, qui va pourtant lentement mais sûrement insérer de la nuance comme de la profondeur à ce qui se transforme en une étude de caractère aux dialogues francs, d'un couple douloureusement fragilisé par l'absence d'enfant comme par des attentes pas toujours à l'unisson, et dont le délitement d'un projet commun (avoir un bébé, fruit autant d'une envie sincère et intime que d'une pression collective) ne fait que pointer le déséquilibre de ce qu'il pensait comme une union solide.

Cette mise à nu se fait le terreau propice à des questionnements universels des plus essentiels (Peut-on mener une existence réellement accomplie sans enfant ? Est-ce qu'être parent signifie forcément que l'on se soumette aux attentes collectives d'une société contemporaine prônant le conformisme ? Est-ce si évident de vouloir devenir parents quand la vie semble nous indiquer le contraire ?), auxquels le duo de cinéastes ne se résout ni à donner des réponses faciles, ni poser le moindre jugement putassier.
Pas un petit effort donc qui, même s'il est plombé par un rythme un chouïa en dents de scie - surtout dans sa seconde moitié -, n'en reste pas moins joliment percutant et humain.


Jonathan Chevrier