[CRITIQUE] : Honey Don't
Réalisateur : Ethan Coen
Avec : Margaret Qualley, Aubrey Plaza, Chris Evans,…
Distributeur : Universal Pictures International France
Budget : -
Genre : Comédie, Policier.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h29min
Synopsis :
Honey O'Donahue, une détective privée d'une petite ville enquête sur une série de morts étranges liées à une église mystérieuse.
S'il y a une certitude, cruelle, c'est qu'à l'instar des frangins Safdie à la séparation toute fraîche, on ne peut pas réellement dire que la séparation - artistique, tout dû moins - des frérots Joel et Ethan Coen, ait franchement servie au second (le premier a quand-même chapeauté un plutôt chouette The Tragedy of Macbeth pour Apple TV, avec sa femme Frances McDormand et Denzel Washington), quand bien ses deux premiers efforts étaient marqués d'une jolie ambition : composer les premières pierres de ce qu'il revendiquait comme une « trilogie de séries B lesbiens » dans ce qui pouvait se voir, grossièrement, moins comme une extension de l'univers cinématographique créé au fil du temps avec son frère, qu'une sorte de réinterprétation émancipatrice (une autre perspective incarnée par Tricia Cooke, femme d'Ethan et scénariste ouvertement queer) qui en s'éloignant légèrement de ses contours familiers, ne faisait in fine que de surligner les fêlures béantes de ce qui n'incarnait rien de plus que de pâles copies réchauffées de bien meilleurs films - et peut-être encore plus éculés qu'eux dans l'exploration de thématiques similaires.
Car Drive-Away Dolls comme Honey Don't, tous deux portés par une Margaret Qualley pourtant pétillantes, ne dépasse jamais réellement les limites d'un pitch certes accrocheur, au plus près d'une Amérique profonde aussi fracturée qu'humainement en crise (ici l'enquête d'une détective privée, sur une série de décès suspicieux survenus dans la petite ville de Bakersfield, sensiblement liés à une communauté religieuse menée par un révérend égocentrique), mais dont les élans camp et (plus où moins) transgressifs ne font qu'inlassablement se retourner contre lui.
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| Copyright Focus Features |
Comme si sa volonté d'élargir la grammaire de son cinéma en terrain balisé (au détour d'une sexualité affirmée qui serait autant un instrument d'émancipation que de domination), ne faisait que pointer sa propension à ne jamais savoir où creuser, quitte à douloureusement tourner en rond et à frôler la parodie plus navrante que risible.
Incapable de donner du corps à une écriture (profondément décousue et prévisible, qui a le malheur de se perdre dans des sous-intrigues insipides) comme à ses personnages (caricaturaux et grotesques quand ils ne sont pas taillés à la serpe, laissant à la dérive une distribution pimpante obligée de cachetonner mignon pour tenter de maintenir les apparences), Ethan Coen exhume anarchiquement le souvenir d'un imaginaire qui nous est nostalgique (et, certainement, à lui aussi), pour mieux révéler son incapacité à le reproduire.
Comédie burlesque ennuyée et ennuyeuse à la patine rétro, Honey Don't, qui certes sait néanmoins se faire une séance sensiblement plus digeste que la précédente (même dans sa perspective queer, toujours aussi maladroite), est avant tout et surtout une oeuvre inoffensive, soit le pire qualificatif que l'on pourrait dégainer pour un film des frères Coen.
Damn...
Jonathan Chevrier


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