[SƎANCES FANTASTIQUES] : #114. La Tarantola dal ventro nero
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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Lors de la sortie et succès immédiat de l’emblématique premier long-métrage de Dario Argento, L'Oiseau au plumage de cristal (1970), s’est créé une brèche dans laquelle divers cinéastes et films ont émergé dans les années 1970 et 1980. Décalquant (pour certains à outrance) les codes de ce genre née d’un seul film, même si les racines du genre remontent en 1963 avec La Fille qui en savait trop du visionnaire Mario Bava. Le giallo est donc un genre cinématographique où l’on suit une enquête souvent sordide impliquant des meurtres extravagant, baroque, ritualisé commis par un tueur portant des gants en cuir, un imperméable noir et armé d’un couteau. Ces films portant des longs noms avec une mention du meurtre (souvent liée à un traumatisme, La Victime désignée, L'Étrange Vice de Madame Wardh,...) ou alors une connotation animalière (La Queue du scorpion, Quatre mouches de velours gris,...) comme le film qui nous intéresse, sortant un an après le film de Argento.
La Tarentule au ventre noir, réalisé par un Paolo Cavara venant du cinéma mondo (Mondo Cane), un genre du cinéma d’exploitation se voulant documentaire et possède la particularité de choquer allant jusqu'à racoler ses spectateurs avec des sujets et images chocs. Une transition coulant de source s’opère dès la première image pour son entrée dans l’univers du Giallo, où l’on voit le corps dénudé de Barbara Bouchet (la première victime du film) depuis une cloison vitrée intérieur. La caméra balaie alors le corps depuis l’extérieur avant de s’introduire au-delà de la cloison dans un moment intime de massage, avant d’observé son meurtre méticuleusement ritualisé après une longue autopsie d’une grande maison et sa disposition dans l’espace, commençant par une main gantée de cuir sur une bouche puis un cri féminin et finissant sur un couteau parfaitement aiguisé transperçant la peau. Aucun doute, nous sommes dans un Giallo dans son pur jus, surfant sur les codes du film patriarche d’Argento.
Cette introduction aguicheuse mais paradoxalement passionnante pour les amateurs du genre, est construite pour attirer le regard, comme le veut un genre s'étant construit sur le Blow-Up de Michelangelo Antonioni, avec le voyeurisme de la caméra mais également le refoulement sexuel. Un sujet pleinement embrassé par cette Tarentule au ventre noir, dont son tueur s’attaque spécifiquement aux jolies femme (le film profite d’ailleurs d’un casting cinq étoiles) ayant subit du chantage à l’aide de photos compromettantes, racontant la mutation des mœurs notamment sexuelles des années 1960 et 1970, souvent aux proies à la contradiction.
Le tueur abuse de ces femmes avec le chantage et au moment du meurtre en les gardant consciente avec une aiguille les paralysant, mais ces femmes ont soit trompée leur conjoint ou sont adepte de pratiques sexuelles mal perçu, le tueur habité par ses pulsions et un traumatisme qui tue des femmes qu’il trouve “impurs” fera naître également le slasher aux Etats-Unis (Halloween), et tire ses racines de Psychose d’Alfred Hitchcock.
Cavara greffe intelligemment à son film un inspecteur interprété par le tout en retenu Giancarlo Giannini, ressemblant à un Alain Delon égaré du tournage du Samouraï de Jean-Pierre Melville, portant non pas un imperméable, mais un smoking gris ouvert, cheveux aplatis et fumant des cigarettes en pleine réflexion sur sa condition. Cet inspecteur va être trimballé de meurtres en meurtres, de maisons en maisons et confronté à une histoire qui le dépasse, toujours dans une impasse, échouant en permanence à dénicher une piste viable dans une ville de Rome tout en métal, loin des rondeurs des miroirs vitrée d’Argento, également désabusé, il verra le tueur s’introduire dans son espace intime et privé. L’inspecteur du polar ou roman policier est confronté à la violence du Giallo qui est venu apporter son érotisme et son fétichisme des meurtres.
Cette touche supplémentaire apportée par le long-métrage le sauve également d’une enquête parvenant péniblement à lier ses meurtres et maintenir ses fausses pistes, un comble pour un Giallo. Si cette intrigue déroule un sous-texte morbide d’une Italie en pleine mutation des mœurs, une partie de ces gens ne comprennent pas où ils en sont dans ce monde, et se font dévorer à l’image d’une sublime mise en abyme documentaire d’une tarentule mise à mort. La structure même du film de Cavara est une boucle constante de meurtres dans une maison, l'arrivée de l’inspecteur Delon italien, croyant déniché un indice arrive dans un lieu ou croise quelqu’un mais disparaît avant d’en savoir plus. La Tarentule au ventre noir se révèle alors inabouti tant la forme n’arrive pas toucher du doigt la grâce de son discours fascinant et alambiqué.
Adam Herczalowski
La Tarentule au ventre noir, réalisé par un Paolo Cavara venant du cinéma mondo (Mondo Cane), un genre du cinéma d’exploitation se voulant documentaire et possède la particularité de choquer allant jusqu'à racoler ses spectateurs avec des sujets et images chocs. Une transition coulant de source s’opère dès la première image pour son entrée dans l’univers du Giallo, où l’on voit le corps dénudé de Barbara Bouchet (la première victime du film) depuis une cloison vitrée intérieur. La caméra balaie alors le corps depuis l’extérieur avant de s’introduire au-delà de la cloison dans un moment intime de massage, avant d’observé son meurtre méticuleusement ritualisé après une longue autopsie d’une grande maison et sa disposition dans l’espace, commençant par une main gantée de cuir sur une bouche puis un cri féminin et finissant sur un couteau parfaitement aiguisé transperçant la peau. Aucun doute, nous sommes dans un Giallo dans son pur jus, surfant sur les codes du film patriarche d’Argento.
Cette introduction aguicheuse mais paradoxalement passionnante pour les amateurs du genre, est construite pour attirer le regard, comme le veut un genre s'étant construit sur le Blow-Up de Michelangelo Antonioni, avec le voyeurisme de la caméra mais également le refoulement sexuel. Un sujet pleinement embrassé par cette Tarentule au ventre noir, dont son tueur s’attaque spécifiquement aux jolies femme (le film profite d’ailleurs d’un casting cinq étoiles) ayant subit du chantage à l’aide de photos compromettantes, racontant la mutation des mœurs notamment sexuelles des années 1960 et 1970, souvent aux proies à la contradiction.
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Le tueur abuse de ces femmes avec le chantage et au moment du meurtre en les gardant consciente avec une aiguille les paralysant, mais ces femmes ont soit trompée leur conjoint ou sont adepte de pratiques sexuelles mal perçu, le tueur habité par ses pulsions et un traumatisme qui tue des femmes qu’il trouve “impurs” fera naître également le slasher aux Etats-Unis (Halloween), et tire ses racines de Psychose d’Alfred Hitchcock.
Cavara greffe intelligemment à son film un inspecteur interprété par le tout en retenu Giancarlo Giannini, ressemblant à un Alain Delon égaré du tournage du Samouraï de Jean-Pierre Melville, portant non pas un imperméable, mais un smoking gris ouvert, cheveux aplatis et fumant des cigarettes en pleine réflexion sur sa condition. Cet inspecteur va être trimballé de meurtres en meurtres, de maisons en maisons et confronté à une histoire qui le dépasse, toujours dans une impasse, échouant en permanence à dénicher une piste viable dans une ville de Rome tout en métal, loin des rondeurs des miroirs vitrée d’Argento, également désabusé, il verra le tueur s’introduire dans son espace intime et privé. L’inspecteur du polar ou roman policier est confronté à la violence du Giallo qui est venu apporter son érotisme et son fétichisme des meurtres.
Cette touche supplémentaire apportée par le long-métrage le sauve également d’une enquête parvenant péniblement à lier ses meurtres et maintenir ses fausses pistes, un comble pour un Giallo. Si cette intrigue déroule un sous-texte morbide d’une Italie en pleine mutation des mœurs, une partie de ces gens ne comprennent pas où ils en sont dans ce monde, et se font dévorer à l’image d’une sublime mise en abyme documentaire d’une tarentule mise à mort. La structure même du film de Cavara est une boucle constante de meurtres dans une maison, l'arrivée de l’inspecteur Delon italien, croyant déniché un indice arrive dans un lieu ou croise quelqu’un mais disparaît avant d’en savoir plus. La Tarentule au ventre noir se révèle alors inabouti tant la forme n’arrive pas toucher du doigt la grâce de son discours fascinant et alambiqué.
Adam Herczalowski









