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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Nosferatu, fantôme de la nuit


Réalisateur : Werner Herzog
Actrice : Klaus Kinski, Isabelle Adjani, Bruno Ganz,...
Distributeur : Potemkine Films
Budget : -
Genre : Epouvante-horreur.
Nationalité : Allemand, Français.
Durée : 1h47min

Date de sortie : 17 janvier 1979
Date de ressortie : 25 février 2026

Synopsis :
Au XIXe siècle, Jonathan Harker se rend en Transylvanie pour vendre un manoir au comte Dracula. Sur la route, les villageois lui conseillent de rebrousser chemin mais le jeune homme refuse. Au moment de la signature, Dracula aperçoit un portrait de la fiancée de Harker, identique en tous points à sa défunte épouse. Jonathan est fait prisonnier et le comte se rend à Londres pour retrouver la jeune femme.






Quand bien même ils ont une nette propension à squatter nos actualités cinématographiques depuis le virage des années 90/2000, d'autant plus venant d'une production Hollywoodienne qui les aligne à la pelle dans une sorte de processus mi-paresseux (chiant de lire les sous-titres, pardi), mi-opportuniste (toujours simple de se réapproprier un projet populaire déjà éprouvé), les remakes ont toujours occupés le devant de la scène, a ceci près qu'à une époque pas si lointaine, bon nombre d'entre-eux étaient chapeautés par des cinéastes ayant la ferme intention de justifier leur reprise.

Carpenter avec The Thing, De Palma - et Stone - avec Scarface, Cronenberg avec La Mouche où même Friedkin avec Sorcerer, certains faiseurs de rêves ont pensés leurs relectures avant tout et surtout comme des hommages, des réinterprétations/réinventions qui ne viendraient pas supplanter les versions originales (même si, intrinsèquement, elles les surpassent quasiment toutes) ni incarner de pâles copies serviles, mais les compléter sans renier leur statut intemporel (et, de facto, y prétendre tout autant).

Werner Herzog et son remake du monument Nosferatu de F.W. Murnau (mythe absolue de l'expressionnisme allemand, et peut-être même l'une des oeuvres les plus importantes de l'histoire du septième art), s'inscrit totalement dans cette mouvance, entre la dévotion soignée (fidèle autant au film que dans sa propension à dépouiller au maximum le roman de Bram Stocker dont ils font leur) et la réappropriation merveilleusement macabre et personnelle (surtout dans son dernier tiers), où sa mise en scène virtuose vient très vite trancher dans le lard de la beauté figée et mystique de son imposant modèle.

Si l'histoire y est sensiblement la même (Jonathan Harker se voit confier la mission par son boss, Renfield, de vendre des biens immobiliers de premier choix à un Transylvanien arrogant nommé comte Dracula : monumentale erreur pour lui et son épouse, la belle Lucy), l'ambiance se fait elle furieusement plus menaçante et surréaliste, Herzog jouant autant la carte d'un effroi glacial et viscéral, que de la présence impériale d'un Klaus Kinski profondément mélancolique, un monstre (car il en est toujours un, physiquement comme dans ses actes) passionné et pathétique à la fois, bouffé par la souffrance de sa propre existence, vie d'éternité où il ne peut qu'envier une humanité qui peut tout autant aimer que mourir, même si la flamme du désir l'anime toujours.

Un désir qui est ici désabusé et vain car, comme l'amour, il ne peut mener qu'à la solitude et à la mort, empoisonné par un mal qui se répand dans les cœurs et les âmes telle un fléau, une peste sans remède dans un monde gémissant et en décrépitude, qui renvoie brutalement l'homme à sa (pâle) condition comme à sa vulnérabilité.
Émotionnellement hanté et hantant, incroyablement tourmenté et visuellement somptueux, embaumé autant par le score tonitruant de Popol Vuh que par la photographie hypnotique de Jörg Schmidt-Reitwen (une galerie de plans somptueux, entre les plus belles toiles de maîtres du romantisme allemand, et la crasse la plus abjecte qui soit), Nosferatu, Fantôme de la nuit est un diamant noir, une merveille de cauchemar gothique qui n'a d'égale que l'œuvre tutélaire de Murnau et sa déclinaison par Coppola, peut-être encore plus flamboyante et mélancolique.
Ce qui justifie amplement sa séance en salles, et encore plus dans une version restaurée 4K toute pimpante...


Jonathan Chevrier