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[CRITIQUE] : Victor comme tout le monde


Réalisateur : Pascal Bonitzer
Avec : Fabrice Luchini, Chiara Mastroianni, Marie Narbonne, Suzanne de Baecque,...
Distributeur : Les Films du Losange
Budget : -
Genre : Comédie Dramatique.
Nationalité : Français.
Durée : 1h28min.

Synopsis :
Habité par Victor Hugo, le comédien Robert Zucchini traîne une douce mélancolie lorsqu'il n'est pas sur scène. Chaque soir, il remplit les salles en transmettant son amour des mots. Jusqu’au jour où réapparaît sa fille, qu’il n’a pas vue grandir… Et si aimer, pour une fois, valait mieux qu’admirer ?





Même si l'on peut considérer, à raison, que l'exubérance du jeu d'acteur de Fabrice Luchini - quand il n'est pas forcément bien dirigé, certes - s'avère parfois irritante, difficile de ne pas admettre dans le même temps, que le bonhomme est l'un des rares comédiens français capable de nous faire déplacer dans une salle obscure sur sa seule et unique présence au sein d'une distribution, tant lui et sa verve folle pouvant nous vendre n'importe quelle proposition, même l'idée qu'il récite en suédois, la notice d'une table de chevet Tonstad de chez Ikea (non, ne produisez pas ce film, s'il vous plaît).

Copyright Pyramide Distribution

Difficile dès lors de ne pas avoir notre intérêt un tant soit peu titillé par son nouveau projet en date, Victor comme tout le monde d'un Pascal Bonitzer décidément au four et au moulin ces dernières semaines (son excellent Maigret et le mort amoureux, est en salles depuis quelques semaines), qui fait à la fois écho à son propre travail sur scène (le spectacle Fabrice Luchini lit Victor Hugo), et dont la genèse convoque instinctivement celle du récent Enzo (qui n'était ni totalement une œuvre posthume de feu Laurent Cantet qui en avait écrit le script - avec Gilles Marchand -, ni pleinement une œuvre hommage par son fidèle collaborateur et ami Robin Campillo), puisque le film a été écrit par feu Sophie Fillières, qui avait également l'intention de le mettre en scène avant d'être empêchée par la vie.

Un sacré background donc, pour ce qui incarne in fine une subtile et délicate balade mélodramatique sensiblement dans l'ombre des cinémas de Rohmer et Rivette (avec un amour de la langue savoureusement exacerbé), clouée aux basques mélancoliques d'un comédien dont la vie a été totalement bâtie sur la passion des mots comme de l'œuvre foisonnante de Victor Hugo, et qui voit son quotidien bousculé par la réapparition de sa fille, qu'il n'a jamais vu grandir.

Un cinéma de retrouvailles gentiment conventionnel sur le papier, que la plume de Fillières vient trancher avec un discours générationnel touchant, où une âme trop longtemps engoncée dans un égoïsme consenti avec ses figures littéraires référentielles, se laisse aller à une lente quête de rédemption auprès d'une gamine qu'il n'a jamais réellement connu et qu'il a douloureusement délaissé, mais également à travers un dialogue sur une vision parallèle de l'œuvre d'Hugo, au détour du prisme moins contemplatif et plus déconstructeur, de trois jeunes femmes abordant son édifice sans révérence, au détour des femmes de sa vie.

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Un contrepoint captivant qui oppose et lie deux regards distincts sur Hugo et le théâtre comme sur l'existence (entre un homme résolument tourné vers un passé et un génie masculin qu'il idolâtre, et des figures féminines qui y apposent un regard moderne et féministe essentiel), et qui donne indéniablement du corps à ce qui aurait pu/dû n'être qu'une légère chronique familiale à l'épure salutaire, rythmée par la verve volubile d'un Luchini en charentaises et un ton oscillant délicatement, entre drôlerie et émotion contenue.
Une (très) chouette séance donc.


Jonathan Chevrier