[CRITIQUE] : Silent Friend
Réalisatrice : Ildikó Enyedi
Avec : Tony Leung Chiu-Wai, Léa Seydoux, Luna Wedler, Enzo Brumm,...
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Allemand, Hongrois, Français. Chinois.
Durée : 2h27min.
Synopsis :
Dans un jardin botanique, un arbre veille et observe, témoin patient des siècles. En 1908, il suit Grete, qui lutte pour exister dans un milieu qui l’ignore. Dans les années 70, il voit Hannes s’éveiller à l’amour et au monde des plantes. Aujourd’hui, le vieil arbre parle avec Tony dans son langage secret. Autour de lui, certains se cherchent, d’autres se rencontrent. Lui demeure, ami silencieux, dans un temps plus vaste que le leur.
On avait laissé le cinéma (jusqu'ici exceptionnel) de la cinéaste hongroise Ildikó Enyedi sur une séance sensiblement mitigée - et le mot est faible - au lendemain des multiples confinements, L'histoire de ma femme (adaptation du roman éponyme de Milán Füst et premier film tourné en langue anglaise pour la réalisatrice), épopée mélodramatique (beaucoup trop) fleuve contant la fastidieuse et déséquilibrée chute dans l'abîme de la jalousie et de la méfiance d'un mariage au coeur des années 20, un effort frappé par le sceau d'une narration maladroite n'offrant jamais réellement de substance à son émotion ni de corps à sa passion, dénuée de la sensibilité d'un Truffaut ou d'un Visconti, voire même de la perversité d'un Hitchcock pour voguer un tant soit peu au-delà de la voie d'une familiarité ronflante.
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| Copyright 2025 PANDORA FILM - SILENT FRIEND_GALATÉE FILMS - INFORG-M&M FILM - ARTE FRANCE CINÉMA |
D'autant qu'Enyedi brouille tout semblant d'originalité/personnalité qui pourrait se dégager de sa prose, dans un académisme vide qui mise tout sur la puissance d'une direction artistique (superbe photographie de Marcell Rév), une production design particulièrement soignées et une distribution particulièrement investie.
Impossible cela dit, de dresser le même constat à la vision de son dernier long-métrage en date, Silent Friend, ou elle revient d'une manière définitivement plus franche vers un cinéma sensible et extrasensoriel, vers une quête profonde et méditative pour décortiquer plusieurs questionnements particulièrement fascinants, allant des liens ténus entre nature et humanité à la nuance du desir intime de connexion de chaque être humain, comme des potentiels liens physiques et métaphysique entre le temps, les époques et les âmes.
Un récit triptyque noué autour de trois destinées bien distinctes (jusque dans leur mise en scène, noir et blanc, pellicule 16mm granuleux et numérique, quand bien même ils partagent le même cadre : le jardin botanique d'une faculté des sciences suisse) intimement reliées à la technologie, et d'un ginkgo biloba millénaire qui se fait le témoin/« ami silencieux » de leurs existences (Grete en 1908, première étudiante en botannique de la faculté de Marbourg, confronté à un sexisme institutionnel férocement décomplexé; Hannes en 1972, un étudiant en littérature qui tombe amoureux d'une botaniste; Tony en pleine pandémie de COVID-19, un neuroscientifique hongkongais qui cherche à capturer les ondes vibratoires entre les êtres humains), trois récits enlacés qui nourrissent une exploration poétique et sensible qui cite gentiment le cinéma de Wong Kar-Wai (jusque dans la présence de Tony Leung Chiu-wai à la distribution), dans sa manière de laisser son rythme être porté par ses élans méditatifs et contemplatifs (faisant de la nature un vrai personnage à part entière), comme dans sa volonté de moins jouer la carte de l'intellectualisation des sentiments pour privilégier celle d'une perception plus introspective et profonde.
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Poème cinématographique poignant, minimaliste et intense, symphonie abstraite et délicate prônant une profonde résonance avec le monde qui nous entoure pour mieux trouver notre place (intimement comme dans nos liens avec les autres), Silent Friend, sensiblement dans la droite lignée du déjà magnifique Corps et Âme, dénoue les liens invisibles de l'existence tout en ne cherchant jamais réellement à distiller des réponses définitives sur l'union entre l'humanité et la nature silencieuse - mais expressive - qui l'observe depuis toujours.
Une oeuvre profondément bouleversante, immersive et envoutante.
Jonathan Chevrier



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