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[CRITIQUE] : Scarlet et l'éternité


Réalisateur : Mamoru Hosoda
Acteurs : avec les voix de Mana Ashida, Masaki Okada, Masachika Ichimura,...
Distributeur : Sony Pictures Releasing France
Budget : -
Genre : Animation, Drame, Aventure.
Nationalité : Japonnais, Américain.
Durée : 1h52min.

Synopsis :
Scarlet, une princesse médiévale experte en combat à l'épée se lance dans une périlleuse quête pour venger la mort de son père. Son plan échoue et grièvement blessée elle se retrouve projetée dans un autre monde, le Pays des Morts. Elle va croiser la route d'un jeune homme idéaliste de notre époque, qui non seulement l'aide à guérir mais lui laisse également entrevoir qu'un monde sans rancœur ni colère est possible. Face au meurtrier de son père, Scarlet devra alors mener son plus grand combat : briser le cycle de la haine et donner un sens à sa vie en dépassant son désir de vengeance.





Doux hasard du calendrier dirons-nous, mais il y a un parallèle assez intriguant dans l'idée de voir deux œuvres intimement liées à l'une des pièces les plus emblématiques de William Shakespeare, Hamlet, pointer le bout de leur pellicule à travers deux visions de cinéastes tout aussi singulières que précises : Hamnet de Chloé Zhao, qui se pense comme une sorte de genèse à sa conception, et Scarlet et l'éternité de Mamoru Hosoda (que l'on attendait avec une féroce impatience depuis le magnifique Belle, qui date déjà de 2021), réinterprétation dark fantasy-esque et au féminin de ce classique, deux définitions de la puissance de l'œuvre du bonhomme (et de son, toujours intact, grand pouvoir de fascination), qui transcende le temps comme les époques, mais aussi deux exemples parfaits de l'extrême malléabilité d'écrits qui peuvent s'inscrire dans - quasiment - tous les contextes historiques et culturels, voire même ceux plus fantaisistes ne se nourrissant pas forcément d'une réalité bien distincte.

Copyright 2025 STUDIO CHIZU

Hosoda lui, joue la carte d'une oeuvre melting-pot et hybride, aussi bien dans sa réappropriation d'Hamlet (moins mélancolique, entre citations directes et libertés étranges, au plus près d'une princesse médiévale experte en combat à l'épée, qui se lance dans une périlleuse quête pour venger la mort de son père, après avoir été empoisonnée et projetée dans une sorte de purgatoire bardé de morts) mêlée aux thématiques qui lui sont chères, qu'au détour d'une animation qui pioche - plus ou moins justement - dans de multiples et hétérogènes influences (ses paysages sont grandioses, là ou le dynamisme de ses personnages apparait forcément artificiel), mais laisse un peu trop s'exposer les coutures d'une mécanique qui se rêve bien plus harmonieuse qu'elle ne l'est.

Tout ici apparaît beaucoup trop simplifié, brille autant par des contradictions douloureuses qu'un manque cruel de nuances dans sa manière naïve - même si rationnelle - d'aborder l'inéluctable cycle de la vengeance au détour d'une jeune figure pleine de fureur (accompagné d'un acolyte dont le pacifisme exacerbé ne fait qu'exposer son statut de personnage fonction sans réelle profondeur) réalisant au gré des rencontres la futilité même de se venger, sans véritablement donner du corps comme de l'émotion - essentielle - à sa prose.

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Frustrant dans sa manière de sacrifier la profondeur émotionnelle et philosophique de son matériau d'origine (d'autant qu'il abandonne trop vite la noirceur enivrante de son premier tiers dantesque), voire même celle qui caractérisait jusqu'ici le cinéma de Mamoru Hosoda, quand bien même il offre parfois quelques sursauts visuellement extraordinaires, pointant les possibilités immenses de l'imaginaire foisonnant de son auteur.
Un premier - léger mais réel - faux pas pour le papa de Summer Wars...


Jonathan Chevrier