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[CRITIQUE] : Précieuse(s)


Réalisatrice : Fanny Guiard-Norel
Avec : -
Distributeur : Wayna Pitch
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h17min

Synopsis :
En adaptant « Les Précieuses ridicules » de Molière avec ses élèves, Cécile pensait réhabiliter les Précieuses, ces premières féministes du XVIIe siècle, injustement oubliées. Elle n’imaginait pas que ce projet la conduirait à sortir de sa propre et insidieuse invisibilité.





Il y a une époque pas si lointaine où le cinéma - majoritairement de l'autre côté de l'Atlantique, certes - avait une propension gentiment gourmande pour remettre en cause les méthodes peu conventionnelles des proviseurs et autres enseignants aussi bien dans les lycées que dans les collèges du monde entier - même les classes militaires.

Si les américains n'ont jamais hésité à y mettre les formes pour trancher avec la tendresse inspirée par feu Robin Williams dans Le Cercle des Poètes Disparus (coucou The Substitute), la France elle, dans son pendant fictionnel, a toujours joué la carte de la comédie pas toujours finaude, malgré quelques exceptions notables (Le plus beau métier du mondeLe maître d'école,...), là ou rayon documentaire, il était sensiblement plus évident de trouver comme de s'attacher, à plusieurs figures investies et passionnées que l'on aurait, sans doute, aimé avoir au coeur de nos parcours scolaires.

Copyright Wayna Pitch

Si elle a des méthodes moins musclées que ce bon vieux Jonathan Shale (quoique), Cécile Roy-Fleury fait néanmoins partie de cette petite liste, figure centrale du très beau documentaire Précieuse(s) de Fanny Guiard-Norel, qui oscille entre le portrait de la dite professeure de lettres et de ses propres questionnements intimes, et l'effort enthousiasmant qu'elle propose a ses élèves au détour d'un atelier de théâtre : composer une réappropriation moderne et féministe du " satirique " Les Précieuses ridicules de Molière, une réécriture à laquelle vient se greffer plusieurs interventions - passionnantes - de spécialistes revenant sur le sens de l'œuvre comme de son impact sur la construction sociale et l'invisibilisation des femmes, à une heure où l'égalité hommes-femmes est marquée d'efforts encore fragiles.

En résulte une expérience joliment optimiste et chorale certes pas toujours évidente à suivre voire même méchamment confuse dans son envie de tout embrasser sur une durée trop concise pour son bien, mais qui dégage une énergie vibrante autant dans sa célébration d'une figure passionnée, que dans son désir essentiel de transmission/sensibilisation auprès d'une jeunesse plus investie qu'on le pense.
Un effort précieux, et loin d'être ridicule, qui invite à questionner notre propre perception.


Jonathan Chevrier