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[CRITIQUE] : Pédale Rurale


Réalisateur : Antoine Vazquez
Avec : -
Distributeur : Survivance
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Français.
Durée : 1h24min.

Synopsis :
Benoît vit en Dordogne, à quelques kilomètres du village où il a grandi. Il a construit son paradis à l'abri des regards, s’est émancipé à sa manière, seul, dans la nature, avec ses couleurs. Il a trouvé ses manières de résister, de s’affranchir des stigmates du passé pour continuer à habiter le territoire de son enfance. Sur le chemin qu’il est parvenu à ouvrir, il reste des ronces qui continuent à le blesser. Alors ensemble on avance, on défriche parce que nos histoires résonnent, parce qu’on s’est trouvé. Et puis, avec les autres queers du coin on décide d’organiser une Pride, parce qu’il est temps de sortir du bois, de prendre l’espace qu’on n’a jamais eu, pour se célébrer, se réparer et enfin ouvrir une voie.

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Hasard du calendrier ou vraie volonté de s'inscrire dans un pendant politique particulièrement décisif (les futures municipales), quand bien même les figures étatiques brillent par leur silence de plomb, il y a quelque chose de particulièrement étrange, mais néanmoins intéressant, dans l'idée de voir plusieurs œuvres s'attachant à l'existence au coeur du monde rural, comme à quelques-unes de ses figures atypiques : la troisième partie de l'immense rétrospective Raymond Depardon par Les Films du Losange (le cycle Depardon Paysan, composé de La Vie moderne, Profils paysans, chapitre 1 : l'approche et Profils paysans, chapitre 2 : le quotidien), Rural - hommage direct à Depardon et à son recueil de photos publiés dans les années 80 - d'Édouard Bergeon (qui se fait le portrait d'une figure charismatique et populaire de la contestation populaire, Jérôme Bayle) et enfin le plus solaire et atypique Pédale Rurale d'Antoine Vazquez, dont le titre cru ne laisse pas réellement poindre la tendresse de son prisme.

Tout du long, le documentaire s'échine à dresser - sans trop appuyer le trait - le portrait atypique et bienveillant de Benoît, jeune agriculteur de Dordogne qui s'est construit, à quelques encablures de là où il a grandit, son propre petit paradis à l'abri des regards (une maison qu'il a lui-même rénové, et au coeur de laquelle il a bâti un jardin absolument somptueux) pour vivre pleinement son homosexualité et même l'affirmer à travers l’organisation d’une Marche des Fiertés dans son village.

Si l'on pense, instinctivement, au cinéma de Guiraudie auprès de cette figure à la fois attachante et lunaire, marquée par les blessures du passé comme du présent (cette campagne aussi splendide qu'elle condamne au retranchement où à la fuite, celles et ceux ) tout autant qu'elle refuse d'être enfermée dans des cases préconçues (comme sa relation un temps ambivalente, avec le terme queer), le film, denué de tout misérabilisme putassier, trouve sa propre voie, touchante et cocasse, certes pas exempt de quelques longueurs mais qui a le bon ton de passer de la chrysalide de l'intime, à la beauté du collectif et de l'émancipation affirmée et réparatrice.


Un effort poignant et sensible, grisant et pétri d'espoir.


Jonathan Chevrier