[CRITIQUE] : Orphelin
Réalisateur : László Nemes
Acteurs : Bojtorján Barabas, Andrea Waskovics, Grégory Gadebois,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Hongrois, Français, Allemand, Britannique.
Durée : 2h13min
Synopsis :
Budapest 1957, après l'échec de l'insurrection contre le régime communiste. Andor, un jeune garçon juif, vit seul avec sa mère Klara qui l'élève dans le souvenir de son mari disparu dans les camps. Mais quand un homme rustre tout juste arrivé de la campagne prétend être son vrai père, le monde d’Andor vole soudain en éclats…
Par la force d'un premier long-métrage aussi douloureux que somptueux, qui avait mis tout le monde d'accord même dans le sacro-saint antre du Festival de Cannes, le cinéaste hongrois László Nemes s'était non seulement fait un nom, mais il avait aussi et surtout crée une attente assez démente sur son potentiel second passage derrière la caméra : Sunset ou, passé le survival éprouvant catapulté en pleine Seconde Guerre mondiale, le cinéaste hongrois se penchait sur les prémisses de la Grande Guerre, en plein coeur de l'Empire austro-hongrois, avec un poème cinématographique mélancolique et sensoriel qui pouvait autant se voir comme une quête identitaire/d'émancipation lancinante et fascinante d'une jeune femme tentant de suivre les pas de parents disparus et de s'opposer à son frère, de guérir le passé pour mieux construire demain, qu'une constatation criante de vérité d'un monde bouffé par sa propre monstruosité (toujours suggérer mais jamais réellement montrer à l'écran), et littéralement au bord de l'implosion.
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| Copyright Le pacte |
Toujours dans l'ombre de ses figures tutélaires Bergman, Visconti et Tarr, Nemes persiste et signe avec Orphelin, une troisième réalisation où il plonge sa narration dans les méandres de la terreur des purges staliniennes dans le Budapest de 1957, au plus près des désillusions d'un jeune juif orphelin de père, qui voit toutes ses certitudes comme tous ses idéaux exploser en vol à la découverte de la vérité crue de ses origines et d'un père qu'il a toujours idéalisé (très loin de l'image d'un Grégory Gadebois massif et inquiétant en boucher aux intentions ambiguës, qui a abusé sexuellement de sa mère pendant la Seconde Guerre mondiale, mais semble sincèrement vouloir assumer son rôle de patriarche), réalisant qu'il n'est, comme sa matriarche, qu'une énième victime de la brutalité sourde de la dictature soviétique, qui exploite et manipule les corps sans remords.
Drame allégorico-familial rugueux, tout en désillusions et en colère impuissante, qui prend les contours d'un douloureux et cauchemardesque récit initiatique à hauteur d'adolescent et aux portes du conflit Œdipien (tuer le père pour renouer avec une illusion de contrôle et une morale perdue), le film se fait une oeuvre intense et lancinante, formellement et psychologiquement dense et nuancé, qui enrichit la lecture symbolique des tragédies et traumatismes historiques contemporains d'un cinéaste définitivement brillant.
Jonathan Chevrier









