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[CRITIQUE] : Planètes


Réalisatrice : Momoko Seto
Acteurs : -
Distributeur : Gebeka Films
Budget : -
Genre : Animation, Science-fiction.
Nationalité : Français, Belge.
Durée : 1h15min

Synopsis :
Quatre graines de pissenlit rescapées d’explosions nucléaires qui détruisent la Terre, se trouvent projetées dans le cosmos. Après s’être échouées sur une planète inconnue, elles partent à la quête d’un sol propice à la survie de leur espèce.





Il y a quelque chose de frustrant, pour ne pas dire même de franchement révoltant, à l'idée de voir que le point de non-retour en ce qui concerne le changement climatique a été franchit depuis des lustres, et que cela n'alerte pas plus que cela des gouvernements - dont le notre - bien trop occupé à privilégier l'augmentation toujours aussi substantielle des profits des plus puissants, tout en intimant aux citoyens de ne pas trop tirer sur la corde énergétique et de se serrer la ceinture " pour le bien commun ".
Un foutage de gueule gentiment institutionnalisé et loin d'être remis en cause (tout dû moins pas là où c'est le plus important : les bureaux de votes), qui nous pousse lentement mais sûrement vers une catastrophe non pas annoncée, mais déjà amorcée.

Copyright Miyu Productions / Gebeka Films

C'est moins dans un pessimisme marqué que dans une lucidité salutaire, que la cinéaste Momoko Seto inscrit son premier long-métrage férocement expérimental, Planètes, logé à la frontière entre la méditation existentielle sur la mortalité et le message environnemental percutant sur l'orgueil d'une humanité architecte de sa propre destruction, au détour d'un prisme aussi improbable et anti-anthropocentrique qu'incroyablement audacieux : l'odyssée apocalyptique dans une terre bouffée par les explosions nucléaires, de quatre graines de pissenlit (pas plus grosses qu'un grain de poussière) rescapées d’explosions nucléaires et qui, après avoir dérivés dans le vide cosmique, s'échouent sur une planète inconnue où elles se lancent en quête d’un sol propice à la survie de leur espèce.

Une audace dans le fond - où réalité et imaginaire se confondent harmonieusement - comme dans la forme, puisque pour ne rien gâcher à la fête, le film arbore une approche hybride combinant animation 3D, macrophotographie et time-lapse - le tout sans le moindre dialogue, mais avec une bande sonore aux petits oignons de Nicolas Becker.
Plus casse-gueule tu meurs et pourtant, Seto construit avec patience son petit miracle aux changements d'échelle et de perspective radicaux, passionnément chevillée à la destinée sombre de ses akènes confrontées à l'ineluctable, arrivant même à pousser naturellement son auditoire à s'investir émotionnellement dans leur lutte existentielle acharnée, sans pour autant trahir leur nature comme leur altérité.

Copyright Miyu Productions / Gebeka Films

Et c'est là toute la force du documentaire, partir d'un élément qui n'est pas susceptible de susciter une quelconque empathie, pour finalement nous amener sans accrocs vers une réflexion autour de nos propres angoisses existentielles face à la force implacable de l'arbitraire (Que reste-t-il lorsque tout notre monde - familier où non - a disparu ? Peut-on conserver notre identité dans un environnement qui n'a de cesse de la remettre en cause, de l'altérer, de la balayer ?), comme à la nature fragile et éphémère de notre propre existence.
Expérience concise et exigeante (totalement consciente qu'elle laissera plus d'un spectateur sur le carreau), Planètes éblouis par sa technique comme par la vérité de son message : l'interdépendance avec la nature est devenue une nécessité face à une extinction qui est à la fois inéluctable, mais aussi et surtout de plus en plus proche.


Jonathan Chevrier