[CRITIQUE] : Le Testament d'Ann Lee
Réalisatrice : Mona Fastvold
Acteurs : Amanda Seyfried, Lewis Pullman, Tim Blake Nelson, Thomasin McKenzie, Christopher Abbott,...
Distributeur : The Walt Disney Company France
Budget : -
Genre : Biopic, Drame, Historique, Musical.
Nationalité : Britannique, Américain.
Durée : 2h17min.
Synopsis :
La fascinante et incroyable histoire vraie d’Ann Lee, fondatrice du culte religieux connu sous le nom de Shakers. Cette prophétesse passionnée, qui prêchait l’égalité entre les genres et la justice sociale et était adorée par ses fidèles.
On avait été de ceux a avoir pris une sacrée claque derrière la caboche à la vision de The World to Come (injustement passé par la case VOD dans l'hexagone), drame digne, intime et vibrant vissé sur deux femmes pionnière devenant inopinément amantes (superbes Vanessa Kirby et Katherine Waterston) et dont l'attirance déconcertante et pourtant passionnante est voué à un amour indicible (autant parce qu'il se devait d'être secret, que parce qu'il n'avait aucun mot - à l'époque - pour être nommé); une séance délicate et édifiante (notamment dans son portrait méticuleux de la femme au foyer au coeur de la société conservatrice ricaine du XIXème siècle), qui pouvait se voir comme une vision authentique et douce des récits historiques rugueux et - souvent - au féminin de Kelly Reichardt, dans les méandres d'une Amérique indomptée.
![]() |
| Copyright 2025 Searchlight Pictures All Rights Reserved. |
Autant dire donc que l'on attendait de pied ferme le nouvel effort en solo de Mona Fastvold, habituée à jouer de sa (brillante) plume dans les (brillants) films de son époux Brady Corbet, qui grimpait cette fois d'un gros cran niveau ambition tout en s'inscrivant dans une continuité évidente avec aussi bien The World to Come, que de The Brutalist : Le Testament d'Ann Lee, une oeuvre tout autant passionnément et viscéralement féministe que furieusement chaotique, jonglant sans réel équilibre entre le biopic radicalo-métaphysique (mais inspirés de faits bien réels) façon portrait fiévreux d'une figure qui se rêve messianique, et la comédie musicale sensiblement singulière (et le mot est faible) aux chants/sermonts endiablés, tissant l'émergence d'un culte religieux - le mouvement évangélique chrétien Shakers - dans les coutures de la naissance d'une nation, broderie fragile tout en violence, en oppression et, paradoxalement, en grâce.
Un Mamma Mia 3 avant l'heure (où un rip-off officieux de La Mélodie du Bonheur, c'est selon) à la théâtralité comme au kitsch et à l'extravagance fièrement assumés, dont la ferveur religieuse tend à déborder les limites d'un cadre croulant lentement mais sûrement aussi bien sous sa propre cacophonie (et ses nombreuses contradictions), que sous son manque cruel de profondeur émotionnelle et psychologique, ne grattant qu'en surface les prigines de toute une nation comme la personnalité d'une électron libre qui reste toujours aussi mystérieuse et impénétrable, une fois le générique de fin enclenché.
Un comble pour une figure si ce n'est inspirante (chacun ses croyances), au moins inspirée, marquée par une époque tiraillée par la violence et la guerre - symboles d'un pouvoir masculin étouffant -, mais aussi par un mariage catastrophique et une pluie de grossesses tragiques (sans oublier qu'elle a été emprisonnée à plusieurs reprises pour blasphème).
![]() |
| Copyright 2025 Searchlight Pictures All Rights Reserved. |
Une âme s'emboîtant pourtant parfaitement à la dialectique poétique de Fastvold, mais aussi à l'expression crue d'une violence/souffrance qui est le fondement même de la civilisation moderne, mais qui ne prend jamais véritablement corps à travers un montage percutant ni une écriture cathartique qui épouse en partie sa complexité, mais n'appuie jamais véritablement ses contradictions (une femme qui prône la communion et la ferveur, mais qui se replie pourtant constamment sur elle-même), même si une Amanda Seyfried totalement vouée à sa cause, se démène pour inverser la tendance via une prestation particulièrement intense.
Frustant et éreintant tout en étant sincère dans ses intentions comme dans son prisme - sensoriel et viscéral -, que la cinéaste assume avec un jusqu'au-boutisme louable (accouchant de quelques interludes musicaux immersifs et étrangement mélancoliques - avec une mise en scène réellement créative -, qui perdent eux aussi de leur impact au fil du long-métrage), Le Testament d'Ann Lee tente de célébrer dans un faste spectaculaire la figure religieuse marquante, quitte à laisser de côté l'âme ordinaire derrière.
Un beau mais douloureux faux pas.
Jonathan Chevrier



.jpg)




