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[CRITIQUE] : Le Sifflet


Réalisateur : Corin Hardy
Acteur : Dafne Keen, Percy Hynes White, Sophie Nélisse,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur.
Nationalité : Canadien, Irlandais.
Durée : 1h40min

Synopsis :
Un groupe de lycéens tombe sur un artefact oublié : un Sifflet de Mort Aztèque. Ils découvrent que souffler dedans libère un son terrifiant, capable d’invoquer leurs morts futures pour les traquer. Alors que le nombre de victimes augmente, les adolescents doivent briser la chaîne de la Mort avant que le dernier écho du sifflet ne scelle leur destin.





Au rayon des dead teenagers movies, James Wong et la saga Destination Finale avait trouvé le boogeyman ultime, aussi absurde que furieusement légitime : la mort elle-même, définitivement la chose la plus terrifiante et inéluctable qui soit, qui guette tout le monde avec une attitude aussi désordonnée qu'arbitraire - voire souvent injuste.
Du pain béni pour le cinéma horrifique sévèrement calibré, véritable support naturel dans sa culture de l'instant, qui offre une exorcisation par l'extrême - dans l'humour comme dans la terreur - de cette peur commune que l'on neutralise temporairement en la confinant dans une évasion inoffensive et, souvent, sanglante.

Copyright Metropolitan FilmExport

Mais, à la différence d'un Ingmar Bergman avec Le Septième Sceau où, pour les amoureux des frangins Winchester, de feu la série Supernatural, la saga DF ne lui avait pas donné de visage, lui préférant une vision plus abstraite, insaisissable et, de facto, plus prompt au ridicule : une figure malicieuse, méthodique et invisible, nichée dans un bruissement de vent, quelques desserrage de clous/boulons voire quelques tronçons de bois farceurs, impossible à réellement traquer ni arrêter mais loin d'être si complexe à prédire, tout du moins pour les ados concernés par sa vengeance.
Un ridicule dans lequel n'était pas tombé David Robert Mitchell avec son brillant It Follows, qui pensait tout autant la mort comme une présence puissante et inéluctable, une malédiction palpable et transmissible progressant avec une constante menaçante vers des personnages qui ne pourrait rien contre elle.

On ne peut pas forcément en dire autant du dernier clone en date de la saga, Whistle/Le Sifflet d'un Corin Hardy pas forcément allé à la bonne école (un Conjuring-verse sans Wan) mais pas manchot pour autant caméra au poing (tout n'était pas à jeter dans La Nonne premier du nom, n'abusons pas), qui reprend la même dynamique pour lui soustraire toute substance réflexive (et s'inscrire donc aux antipodes de Mitchell) voire complexe (la notion de causalité couplé à une tension haletante, gymnastique instaurée par Wong dès le premier Destination Finale, mais pas toujours suivi par la suite, certes), et lui préférer un pendant spectaculaire définitivement plus facile et brut, qui louche un brin vers le chouette La Main des frères Philippou (remplacez la dite main et ses enjeux dramatiques/traumatiques par un sifflet aztèque catalyseur d'une micro-apocalypse au bruit plus mortel que celui d'un vuvuzela, et le tour est joué), tout en composant péniblement son propre groove entre spirale adolescente autodestructrice, nouveau départ chargé comme une mule (toxicomanie, deuil) et jeu de massacre d'une galerie de gamins stéréotypés/fonctions suscitant un attachement plus que relatif - restons poli.

Copyright Metropolitan FilmExport

Bazardant la moindre piste thématique intéressante (prédestination tragique d'une adolescence qui s'est elle-même marginalisé d'un point de vue culturel, flanquée dans un cadre lui-même fruit d'une marginalisation plus globale; responsabilité individuelle et culpabilité face à une malédiction qui confronte violemment une jeunesse angoissée à la fragilité de son existence,...) pour une série de mises à mort certes fun et à la violence totalement décomplexée, auquel se soustrait quelques clins d'œil ostensiblement appuyés (et à la limite de la parodie : « Mr. Craven », des cigarettes « Cronenberg »...), Le Sifflet ne semble jamais réellement savoir jongler avec ses bonnes idées - où celles des autres -, au coeur d'une narration rachitique et redondante qui perd lentement mais sûrement tout intérêt pour l'exploration d'une mythologie au demeurant accrocheuse.

Pas désagréable donc, d'autant qu'Hardy démontre pleinement ses aptitudes pour composer une atmosphère à la fois dense et captivante, mais trop inégal - jusque dans la prestation de la pourtant sympathique Dafne Keen -, pour dépasser le stade du rip-off mignon à peine appelé à occuper une séance du samedi soir.


Jonathan Chevrier