[CRITIQUE] : La Guerre des Prix
Réalisateur : Anthony Dechaux
Acteurs : Ana Girardot, Olivier Gourmet, Julien Frison, Aurélia Petit, Jonas Bloquet,...
Distributeur : Diaphana Distribution
Budget : -
Genre : Thriller, Drame.
Nationalité : Français.
Durée : 1h36min.
Synopsis :
Audrey, fille d’agriculteurs et cheffe de rayon dans un hypermarché en province, se voit propulsée à la centrale d’achat de son enseigne afin d'y défendre la filière bio et locale. Alors qu’elle fait équipe avec un négociateur aux méthodes redoutables, Audrey va devoir se battre pour faire exister ses convictions au sein d'un système impitoyable.
Quand bien même le concept pourrait en faire sursauter plus d'un (sans doute les trois du fond à ne pas réellement s'intéresser, ni même avoir tout simplement conscience, de ce qui peut débarquer en salles chaque mercredi), il n'y a finalement rien de plus pertinent et sain que de mesurer la bonne santé d'une production cinématographique, à travers la qualité des premiers efforts de toute la galerie de jeunes cinéastes cherchant sensiblement faire leur trou dans une jungle de plus en plus étriquée, tout autant qu'à démontrer la richesse et l'éclectisme de notre cinéma, qui ne demande qu'à être un peu plus soutenu - avant tout et surtout en salles.
En ce sens, le cinéma hexagonal se porte particulièrement bien, pour peu qu'on s'arrête sur une poignée de sorties toutes récentes, du Sans pitié de Julien Hosmalin, bon petit polar néo-noir des familles familier et personnel à la fois, le beau et nécessaire drame La maison des femmes de Mélisa Godet mais également La Guerre des prix d'Anthony Dechaux, plongée dense et crue dans les coulisses méconnues de la grande distribution et de la vérité de ses négociations avec les fournisseurs/producteurs agricoles, véritable bras de fer quotidien où les seconds tentent de conserver une rétribution digne de leurs efforts, face à la toute puissance écrasante des premiers, lancés têtes baissées dans la recherche permanente de l'investissement économique le plus bas possible.
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| Copyright Claude Pocobene |
Une sempiternelle déclinaison d'un affrontement David contre Goliath, au détour de laquelle le wannabe cinéaste vise à pointer l'hypocrisie comme les ravages d'une mécanique économique se revendiquant vertueuse (proposer des produits bios accessibles aux consommateurs, quitte à mettre sur les rotules les producteurs dont la survie est continuellement menacée), tout en saupoudrant son exposé d'un semblant de complexité purement Shakespearien, au plus près d'une figure à l'idéalisme lentement mais sûrement fané : une opposition entre une fille d’agriculteurs/cheffe de rayon d'un supermarché de province promue pour son engagement en faveur de la production locale, à la centrale d’achat parisienne, et son frère, éleveur au bas de la chaîne alimentaire et confronté frontalement au moindre recul économique de ses négociations âpres et brutales.
Subtilement logé à la frontière entre le drame familial et le thriller socialo-engagé, tout aussi réaliste et didactique que fraîchement documenté (Dechaux connaît totalement son sujet et cela se sent), La Guerre des prix, solidement mis en scène et incarné (un excellent trio Ana Girardot, Olivier Gourmet et Julien Frison), se fait un premier long-métrage coup de poing et profondément désenchanté, limpide dans son observation dense et réfléchie, denuée de tout manichéisme putassier.
C'est ce qu'on appelle des débuts joliment réussis.
Jonathan Chevrier







