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[CRITIQUE] : The Cruise


Réalisateur : Bennett Miller
Acteur : Timothy 'Speed' Levitch.
Distributeur : Les Films du Camelia
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h11min.

Synopsis :
Timothy “Speed” Levitch, guide touristique excentrique new-yorkais, transforme chacune de ses visites en une véritable performance. À bord d’un bus à impériale, il déclame des monologues fiévreux mêlant poésie, réflexions philosophiques et humour acerbe. Son regard singulier sur la ville fait de ce rôle banal une exploration profonde de la vie, de l’amour et de l’expérience humaine.





Au-delà de la chance et du confort assez incroyable que peut nous offrir de nombreux distributeurs (quand bien même, assez paradoxalement, le cinéma de patrimoine ne fait pas péter plus que de raison les scores du box-office maison, sans doute la faute à une proposition en salles de plus en plus imposante), il y a toujours quelque chose de fascinant dans le fait de scruter les premiers efforts de cinéastes talentueux et - plus où  moins - acclamés, tant ils permettent parfois de déceler les premières graines de ce qui a constitué un tout fascinant au fil du temps.

À défaut de voir Bennett Miller sortir de son repos forcé, lui qui ronge méchamment sa bobine et n'a plus foulé un plateau de cinéma depuis douze ans et son magistral Foxcatcher (il aurait chapeauté un documentaire revenant sur comment la technologie moderne à modifier notre quotidien, un projet bloqué en post-prod depuis belle lurette; dans un autre temps, à l’occasion de la convention Config2024 organisée par Figma, il avait annoncé lors d’un débat avec Dylan Field, PDG et cofondateur de Figma, qu'il travaillait sur un nouveau long-métrage, avec l'intelligence artificielle au cœur de sa narration), contemplons sans réserve son premier passage derrière la caméra, jusqu'ici inédite dans nos salles obscures : The Cruise, invitation à la fois loufoque et captivante pensé comme le portrait anticonformiste d'une figure... anticonformiste, dans une Grosse Pomme ayant elle-même, de multiples visages.

Copyright Les Films du Camélia

Soit Timothy « Speed ​​» Levitch, guide touristique excentrique et gentiment égocentrique au bord de la trentaine, un dramaturge improvisé férocement volubile qui peine à joindre les deux bouts et pour qui Miller vout une fascination aisément compréhensible, tant la connaissance quasi-encyclopédique d'une New York du bonhomme (envers qui il entretient une relation amour-haine tendant certes plus vers l'amour) couplée à sa personnalité unique (une âme dont la propension à intellectualiser son existence comme tout ce qui croise son regard, ne fait que pointer sa touchante vulnérabilité et ses nombreuses angoisses face à une vie que ses grands-parents considèrent comme raté), en font un personnage incroyablement cinégénique, mais aussi et surtout le pilote d'une visite éclair - et croustillantes d'anecdotes - d'une Manhattan qui a rarement paru aussi belle (le film est embaumé dans un magnifique et cotonneux noir et blanc) et éclectique.

Tout The Cruise fonctionne parce que « Speed ​​» et ses discours fleuris sont d'une authenticité folle (comme son érudition, travaillé aussi bien pour séduire les touristes - dont il se nourrit des louanges - comme les femmes), parce que Miller embrasse sans réserve sa subjectivité, laisse s'exprimer son esprit fiévreux tout autant que son avis tranché sur une New York pas encore traumatisé par les évènements du 9/11, figure pas toujours empathique mais sensiblement libre dans un monde bouffée par son conformisme.
Une (très) belle découverte.


Jonathan Chevrier