[CRITIQUE] : Julian
Réalisatrice : Cato Kusters
Acteurs : Nina Meurisse, Laurence Roothooft, Rosalia Cuevas,...
Distributeur : JHR Films
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Belge, Hollandais.
Durée : 1h33min
Synopsis :
Fleur et Julian tombent follement amoureuses et décident de se marier dans chaque pays où leur union peut être légalement reconnue. Portées par leur amour et leur engagement, elles s’élancent cœur et âme dans ce projet. Mais après seulement quatre mariages, leur parcours va s’interrompre brusquement…
Si la réponse est sans doute encore plus facile à donner qu'elle n'en a l'air, la question reste suffisamment pertinente pourtant, pour être posée : pourquoi sommes-nous si attirés par les romances (frappées par le sceau du drame comme de la comédie), genre tellement fragile et usé jusqu'à la moelle - aussi bien sur le petit que sur le grand écran -, qu'il ne peut plus rien produire de véritablement original même avec la plus futée des plumes qui soit (et ce n'est, pourtant, pas les tentatives qui manquent).
Pourquoi sommes-nous si impatients parfois, de revisiter ce vieux paysage de l'enfer composé à 99% de productions interchangeables, dont la prévisibilité n'a d'égale que son manque cruel d'envie de faire dérailler une mécanique savamment huilée depuis des lustres...
Peut-être parce que certains efforts viennent tromper la simplicité de leur concept pour s'attacher à la vérité d'un amour bien réel, s'en vont célébrer le parcours sentimental de deux âmes dont l'intime peut parfois tutoyer l'universel, de la plus tendre des manières.
En ce sens, difficile de ne pas être profondément charmé comme bouleversé par le premier long-métrage de la wannabe cinéaste belge Cato Kusters, Julian, qui s'inspire des mémoires éponyme de l'auteure Fleur Pierets et répond intimement à cette définition.
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| Copyright JHR Films |
Un premier effort qui s'attache à, méticuleusement, conter l'incroyable et douloureuse histoire d'amour entre deux femmes au coup de foudre, justement, foudroyant (un simple regard lors d'un concert, presque une profession de foi lucide en la beauté comme en l'imprévisibilité de l'amour), Fleur et Julian (magnifique tandem Nina Meurisse et Laurence Roothooft, à l'alchimie folle), qui décident de célébrer leur passion intense et fulgurante en se lancant dans un projet hors du commun : se marier dans tous les pays autorisant le mariage homosexuel - 22.
Un geste à la fois follement poétique et politique (un engagement intime qui devient un acte militant voire résistant, venant bousculer les préjugés comme fustiger les nations refusant leur amour comme leur union, et celles de toute une communauté LGBTQIA+), qui vient nourrir une narration non linéaire où la nostalgie du passé vient bousculer la mélancolie et l'amertume du présent, nouée autour des différents mariages où l'insouciance des débuts vient vite se confronter à la dureté des divisions face à cette entreprise bigger than life, comme face à la vulnérabilité d'une humanité irrévocablement renvoyée au chaos injuste de sa mortalité.
D'une humanité brute dans son exploration de la vérité d'un amour (qui, malheureusement, ne triomphe pas toujours de tout) comme du vide abyssale et désespéré du deuil, Julian est la mise en image tendre et poignante d'une entreprise magnifique parce que vouée à l'échec, parce qu'à la fois inachevée et preuve éclatante d'une passion qui a eu le bonheur d'exister sincèrement, durant tout le temps qui lui a été donné.
Une belle réussite donc, à tous les niveaux.
Jonathan Chevrier









