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[CRITIQUE] : Allah n’est pas obligé


Réalisateur : Zaven Najjar
Actrice : avec les voix de SK07 , Thomas Ngijol, Marc Zinga,...
Distributeur : Bac Films
Budget : -
Genre : Animation, Drame.
Nationalité : Français, Luxembourgeois, Canadien, Belge.
Durée : 1h23min

Synopsis :
Birahima, orphelin guinéen d’une dizaine d’années, doit quitter son village pour tenter de passer la frontière et retrouver une tante qui se serait installée au Libéria. Le jeune garçon se met dans les pas de Yacouba, bonimenteur de grands chemins jouant les guides de substitution. Mais sur la route, la rencontre avec des enfants soldats fait basculer le destin de Birahima. Engagé involontaire, que lui réserve le sentier de la guerre ?





Alors qu’il vient tout juste de quitter le festival Anima avec plusieurs récompenses, le long-métrage d’animation Allah n’est pas obligé s’apprête à débarquer dans les salles de cinéma françaises. On peut alors se demander la réception que le public fera à pareil titre au vu de sa façon de raconter des violences à hauteur d’enfant volubile confronté directement à la brutalité des affrontements de son pays. Nous nous devons de préparer le public : c’est un film particulièrement dur qui va se révéler devant vous et dont la technique visuelle ne diminue jamais la sécheresse de son fond, contrairement à ce qu’aiment dire les détracteurs de l’animation.

La personnalité de notre héros, Birahima, est directement amenée par cette voix-off qui n’hésite pas à être vulgaire, à taper directement son audience, à l’instar même du traitement visuel de l’ouverture. Il faudra alors souligner le travail vocal de qualité, notamment de la part de Thomas Ngijol qui capte toute l’ambivalence de Yacouba, accompagnant notre jeune protagoniste durant tout le trajet. Mais c’est aussi visuellement que le film éclate, par sa gestion des couleurs qui renvoie à une beauté des décors marquée par la destruction des affrontements et ses conséquences dévastatrices.

Copyright Bac Films

Zaven Najjar, réalisateur et co-scénariste du film, réussit à trouver un équilibre assez fort dans sa manière d’adapter l’ouvrage d’Ahmadou Kourouma. Déjà en charge de la direction artistique du très beau La Sirène, autre récit d’animation qui ne diminuait jamais sa violence, il parvient par son orientation esthétique à donner corps à ces enfants sacrifiés pour des combats et des politiques opposées, notamment dans des scènes de morts qui estomaquent sans tomber dans la gratuité graphique. Il y a un vrai affect pour les personnages et pour sa manière de décrire comment un conflit historique les détruit petit à petit, sans laisser qui que ce soit indemne.

C’est sur un fil très fin que marche Zaven Najjar avec Allah n’est pas obligé mais il y arrive très bien, parvenant à raconter le trajet d’un enfant soldat avec le bon équilibre tonal et une esthétique au service du récit. Il en ressort un film d’animation aussi dur que passionnant, pleinement réussi dans ce qu’il évoque en violence en restant toujours à hauteur d’enfant. Les amateurs d’animation seront conquis par son travail de couleurs et sa gestion visuelle, ceux qui aiment le cinéma en général devraient apprécier ce titre aussi court qu’inscrit dans des mécaniques destructrices.


Liam Debruel