[COEURS D♡ARTICHAUTS] : #41. You Got Mail
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Parce que l'overdose des téléfilms de Noël avant même que décembre ne commence, couplé à une envie soudaine de plonger tête la première dans tout ce qui est feel good et régressif, nous a motivé plus que de raison à papoter de cinéma sirupeux et tout plein de guimauve; la Fucking Team vient de créer une nouvelle section : #CoeursdArtichauts, une section ou on parlera évidemment de films/téléfilms romantiques, et de l'amour avec un grand A, dans ce qu'il a de plus beau, facile, kitsch et même parfois un peu tragique.Parce qu'on a tous besoin d'amour pendant les fêtes (non surtout de chocolat, de bouffe et d'alcool), et même toute l'année, préparez votre mug de chocolat chaud, votre petite (bon grande) assiette de cookies et venez rechauffer vos petits coeurs de cinéphiles fragiles avec nous !
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Vous avez un message (ou Vous avez un mess@ge – oh mon dieu la ringardise de cette typographie) est, je crois, la première (ou l'une des toutes premières) romcom que j'ai vue de toute ma vie (oui, ça sonne très solennel dit comme ça, mais c'est la pure vérité). Gamine, même sans encore rien comprendre aux rouges du sentiment amoureux, j'étais déjà complètement emportée par le duo Meg Ryan / Tom Hanks. J'ai revu ce film plusieurs fois au fil des années, et à chaque fois je l'apprécie réellement, tout en intégrant de nouvelles grilles de lecture. Le charme opère toujours après ce nouveau visionnage. Et encore plus depuis que j'ai récemment revisionné Nuits Blanches à Seattle (que j'ai chroniqué ici il y a peu), où l'on retrouvait déjà le duo Hanks/Ryan sous la direction d'Ephron, cinq ans plus tôt. On y retrouve toutes les obsessions de la réalisatrice autour de la rencontre amoureuse : elle continue de les décortiquer film après film, sans jamais verser dans le cynisme (même si certains en verraient et on peut les comprendre), toujours avec une simplicité désarmante et une vraie volonté d'embarquer le spectateur dans un rêve éveillé moderne.
Dans une lecture un peu grossière, voire naïve, le film s'apparente d'abord à une énième relecture du mythe de David contre Goliath : les petits commerces (qui pourraient représenter, si on pousse la métaphore, le cinéma d'auteur) luttent contre les géants d'une arrogance folle, obsédés par le profit plutôt que par l'art lui-même (on imagine ici les gros studios). Mais finalement, peu importe la problématique (sociale et romantique), Ephron nuance tout ça. Et peut-être même qu'elle reste assez réaliste, malgré le côté conte moderne assumé (dans la vraie vie, est-ce que Kathleen serait vraiment tombée amoureuse de celui qui a fait couler sa petite entreprise ? Hum). Goliath gagne, oui. Mais ce que propose ce Goliath, avec toutes ses dérives et les problèmes pointés par Kathleen, n'est pas entièrement négatif. On le voit bien dans la scène où elle entre enfin dans l'immense librairie de Joe. Les vendeurs sont incompétents (Joe s'en rend compte lui-même et finira par embaucher l'un des collègues de Kathleen), mais le lieu en soi reste merveilleux pour n'importe quel lecteur.
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Ce qui fascine encore plus Nora Ephron, c'est le mécanisme même de la naissance du sentiment amoureux. Le film commence probablement in medias res : Kathleen et Joe échangent déjà depuis quelques jours par mail, et on n'assiste jamais au tout premier message. En revanche, ce sont les différentes rencontres entre les deux personnages principaux qui dynamisent réellement le récit. Au quart du film, la première a lieu dans la librairie de Kathleen : Joe arrive accompagné de sa très jeune tante et de son demi-frère (la famille recomposée ultra-décalée de Joe deviendra d'ailleurs un running gag savoureux). A ce stade, ils ignorent totalement qu'ils se parlent en ligne. Joe, lui, sait déjà qu'il va détruire la petite librairie de Kathleen, ce qui le met mal à l'aise : après tout, elle est charmante et en plus elle gère bien les gosses (première alerte projection familiale). Quelques minutes plus tard, ils se croisent à nouveau dans une soirée consacrée aux libraires et là Kathleen découvre qui est vraiment ce Joe si mimi avec les gosses (qui ne sont pas les siens – alerte projection familiale bis). La guerre est déclarée, le schéma enemies-to-lovers s'active à fond. Et bien sûr, ce bouffon de Joe ne peut s'empêcher de citer Le Parrain à tout bout de champ (ce que j'adore, hein) parce qu'il voulait déjà créer du drama dans la sphère cinéphile de Twitter avant que l'existence de Twitter (les vrais savent). La vraie rencontre entre NY152 et Shopgirl arrive presque pile au milieu du film. Patatra le jour J : Joe comprend que c'est Kathleen, NY152 doit alors lui poser un lapin monumental (autre running gag avec les collègues de Kathleen qui deviennent des spectateurs de cette romance virtuelle). Mais, par pur orgueil, Joe entre quand même dans le café où elle attend désespérément son inconnu, un exemplaire d'Orgueil et Préjugés (je vous avais dit qu'on en reparlerait) posé sur la table. Il l'humilie avec une lourdeur assumée en lui demandant qui elle peut bien guetter comme ça.
Vous avez un message reste une valeur sûre de la comédie romantique. Le scénario, qu'on a longuement décortiqué, est le vrai cœur battant du film : malin, réfléchi et délicieux. Mais ce qui fait que le film traverse si bien les années, c'est aussi tout le reste : son ambiance cosy envoûtant, sa façon de capturer les lumières des saisons, son rythme suffisamment dynamique mais jamais survolté. La mise en scène est élégante et fluide : classique, avec une touche de modernité des années 90 qui a un peu vieilli, mais qui ne prend jamais trop de place. Contrairement à Nuits Blanches à Seattle, où Tom Hanks et Meg Ryan se croisent à peine jusqu'à la fin, ils partagent beaucoup plus de temps d'écran – et quel plaisir ! L'alchimie entre Hanks (déjà doublement oscarisé) et Ryan (avec sa nouvelle coupe iconique) est évidente. Tous les deux gèrent ce sens du timing comique et une véritable émotion retenue. On apprécie aussi tous les seconds rôles, que ce soit Parker Posey en tornade survoltée, Greg Kinnear en journaliste charmant (et charmeur) ou encore Steve Zahn en geek intello. Bref, Vous avez un message a ce charme fou qui vend encore du rêve aujourd'hui. Nora Ephron célèbre cet amour qui peut naître de manière non conventionnelle, d'un mail, d'une dispute, d'un malentendu, et elle le filme avec une simplicité désarmante. Parce que, parfois, on a juste besoin d'entendre : « I wanted it to be you ».
Tinalakiller










