[SƎANCES FANTASTIQUES] : #110. Tanah Jahanam
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Parce que les (géniales) sections #TouchePasAMes80s et #TouchePasNonPlusAMes90s, sont un peu trop restreintes pour laisser exploser notre amour du cinéma de genre, la Fucking Team se lance dans une nouvelle aventure : #SectionsFantastiques, ou l'on pourra autant traiter des chefs-d'œuvres de la Hammer que des pépites du cinéma bis transalpin, en passant par les slashers des 70's/80's ; mais surtout montrer un brin la richesse d'un cinéma fantastique aussi abondant qu'il est passionnant à décortiquer. Bref, veillez à ce que les lumières soient éteintes, qu'un monstre soit bien caché sous vos fauteuils/lits et laissez-vous embarquer par la lecture nos billets !
Impetigore (Perempuan Tanah Jahanam), réalisé par Joko Anwar, s’impose comme l’un des sommets récents du cinéma d’horreur indonésien, et plus largement comme une œuvre fascinante où l’épouvante naît autant de l’image que du mythe. Le film ne se contente pas de faire peur. Il construit un univers dense, viscéral, profondément ancré dans une culture, où chaque plan, chaque symbole et chaque légende semble chargé d’un poids ancestral. C’est précisément cette alliance entre une identité visuelle extrêmement forte et un imaginaire mythologique foisonnant qui fait d’Impetigore une expérience marquante.
Dès les premières séquences, le film frappe par la puissance de sa direction artistique. Joko Anwar compose des images d’une beauté sombre, presque picturale, où la nature, les corps et les architectures rurales deviennent des éléments narratifs à part entière. Les paysages indonésiens, luxuriants mais inquiétants, sont filmés comme des lieux habités par une mémoire maudite. La jungle, les routes désertes, les maisons traditionnelles et le village isolé forment un décor organique, oppressant, qui semble absorber les personnages autant que le spectateur. La photographie, dominée par des teintes terreuses, nocturnes et sanguines, donne au film une identité visuelle immédiatement reconnaissable, à la fois élégante et profondément dérangeante.
Cette fascination visuelle ne relève jamais du simple esthétisme. Elle est indissociable des mythes qui irriguent le récit. Impetigore puise dans le folklore indonésien, les croyances liées à la malédiction, à la filiation et à la faute originelle, pour construire une horreur qui dépasse le cadre individuel.
Le mal qui ronge le village n’est pas un monstre isolé, mais une fatalité collective, transmise de génération en génération. Le film déploie ainsi une mythologie cohérente et troublante, où la naissance, la stérilité, le corps féminin et la transmission du sang deviennent des motifs centraux. Cette dimension mythique donne au récit une profondeur rare, transformant l’horreur en tragédie presque antique.
La mise en scène de Joko Anwar excelle à rendre palpable cette sensation de destin inéluctable. Les cadres sont souvent rigides, frontaux, comme si les personnages étaient prisonniers d’un rituel immuable. Les mouvements de caméra, mesurés et précis, renforcent le sentiment d’observation froide, presque clinique, d’un monde condamné. La violence, bien que parfois graphique, n’est jamais gratuite, elle s’inscrit dans une logique rituelle, renforçant l’idée que chaque acte répond à une loi ancienne et implacable.
Les personnages, et en particulier le protagoniste féminin, servent de point d’ancrage émotionnel à ce déploiement mythologique. À travers son regard, le spectateur découvre peu à peu l’horreur tapie sous la surface du village. Le film réussit à équilibrer le mystère et la révélation, distillant les informations avec une lenteur calculée qui nourrit l’angoisse. Cette progression narrative, étroitement liée aux symboles visuels et aux légendes locales, donne au film une densité peu commune dans le cinéma d’horreur contemporain.







