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[CRITIQUE] : Orwell : 2 + 2 = 5



Réalisateur : Raoul Peck
Acteurs : Eric Ruf et Damian Lewis.
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Documentaire.
Nationalité : Américain.
Durée : 2h00min.

Synopsis :
1949. George Orwell termine ce qui sera son dernier mais plus important roman, 1984.

Orwell : 2 + 2 = 5 plonge dans les derniers mois de la vie d’Orwell et dans son œuvre visionnaire pour explorer les racines des concepts troublants qu'il a révélés au monde dans son chef-d'œuvre dystopique : le double discours, le crime par la pensée, la novlangue, le spectre omniprésent de Big Brother... des vérités sociopolitiques qui résonnent encore plus puissamment aujourd'hui.





On avait laissé le cinéma de Raoul Peck avec une œuvre aussi mélancolique qu'essentielle, Ernest Cole, photographe, où le cinéaste célébrait le dit bonhomme à travers un portrait brisé et cinématographique proprement fascinant, un condensé analytique et biographique tourné comme un véritable film-enquête, qui capturait la vérité d'un homme (de sa lutte de toute une vie comme de la douleur et de l'angoisse du déracinement) tout autant que celle d'un racisme systémique niché dans la fausse promesse d'un bon vivre ensemble.

Plus ambitieux et militant - même si un poil décousu - se fait son nouvel effort, Orwell : 2 + 2 = 5, dont la structure fait plus où moins écho à sa série documentaire Exterminate All the Savages, un nouveau long-métrage qui se revendique tout autant comme un pamphlet politique qu'une exégèse des écrits de l'une des figures majeures de la littérature anglo-saxonne du XXe siècle, George Orwell qui, dystopiques hier (quand bien même ils ne faisaient que de se baser sur une mécanique totalitaire déjà solidement éprouvée par le passé), n'ont jamais paru aussi douloureusement réalistes et concrets dans notre contemporanéité.

Copyright Le pacte

Un point de départ particulièrement dense (extraits de journaux, essais, romans, images d'adaptations de son oeuvre,...), qui sert de terreau illustratif autant à une radiographie de l'autoritarisme ayant gangrené l'humanité du XXème siècle à aujourd'hui (où les tendances autoritaires/totalitaire - manipulation médiatique, endoctrinement idéologique, banalisation des extrêmes, révisionnisme historique, surveillance accrue,... - sont totalement exacerbées, et pas uniquement de l'autre côté de l'Atlantique où chez nos voisins européens : nous sommes tous concernés), qu'à une exploration non linéaire de sa personne, de la justesse de ses analyses politiques à la pertinence chirurgicale de ses avertissements littéraires (lisez 1984 et La Ferme des animaux), dont le manque de résonnance sur la population laisse songeur - voire sans peu d'espoir - face à l'acceptation léthargique actuelle de l'humanité, de la diminution graduelle de ses libertés durement acquises.

Si son discours cinématographique apparaît des plus évidents pour un auditoire un tant soit peu averti, voire parfois gentiment confus dans son militantisme (un trop-plein de thématiques sur à peine deux heures de bobine) quand il n'est pas maladroit (ses citations dégainées à l'écran comme des slogans d'agences publicitaires des 90s), mais l'importance de son message n'en est pas moins des plus totale.
Il est encore temps d'agir pour changer les choses, mais encore faut-il réellement le vouloir...


Jonathan Chevrier