[CRITIQUE] : La Famille Homolka
Réalisateur : Jaroslav Papousek
Acteurs : Josef Sebanek, Marie Motlova, Frantisek Husak,...
Distributeur : Malavida Films
Budget : -
Genre : Comédie.
Nationalité : Tchèque.
Durée : 1h20min
Synopsis :
C’est un beau dimanche ensoleillé, dans une forêt en banlieue de Prague. Un jeune couple batifole en pleine nature tandis que la famille Homolka toute entière, des grands-parents aux petits enfants, s’installe au bord d’un ruisseau. Les jumeaux jouent, leur mère, qui rêvait d’être ballerine, danse entre les arbres tandis que les bières flottent bien au frais... et que les grands parents font la sieste. Hélas, retour à la maison inattendu et précipité, mais le pire est encore à venir : la télé est cassée. C’était une journée idyllique jusqu’à ce qu’elle vire à l’orage... Voire au cataclysme familial !
Mieux vaut tard que jamais dit-on, même si parfois le temps prend sensiblement son temps, justement, pour rétablir les petites injustices - même cinématographiques.
Cinquante-cinq ans après sa sortie, La Famille Homolka de l'artiste peintre, sculpteur, écrivain et réalisateur (oui, tout ça) tchèque Jaroslav Papousek, figure majeure de la Nouvelle Vague tchèque mais sensiblement connu des cinéphiles pour avoir été l'un des scénaristes chouchous du grand Miloš Forman (ils ont co-écrits ensemble L'As de pique, Les Amours d'une blonde et Au feu, les pompiers !), trouve enfin son chemin dans nos salles pas assez obscures, par l'intermédiaire d'une Malavida Films (très) souvent dans les bons coups : on leur doit, rien que sur 2025, une belle semi-rétro sur la cinéaste bulgare Binka Zhelyazkova où encore les ressorties de La Ferme aux animaux de John Halas et Joy Batchelor, Porcherie de Pasolini où même le génial Palombela Rossa de Moretti - du lourd donc.
Et il est difficile de ne pas admettre que son rendez-vous est des plus immanquables (même en cette fin février méchamment chargée en sorties), petite pépite de comédie satirico-domestique sauce néo-réalisme au plus près d'une famille ordinaire en Tchécoslovaquie après le Printemps de Prague, les Homolka, dont le dimanche après-midi supposé tranquille en forêt, se voit bousculé par des cris angoissants - mais dont la source est inconnue - puis, une fois de retour à la maison (exiguë, qui renforce l'impression d'oppression et de claustrophobie continuelle) par une belle série d'engueulades/confrontations intergénérationnelles et autres attitudes absurdes qui laissent transparaître les nombreuses crises existentielles et le manque d'estime de soi de chacun, des âmes amères à la fois exaspérées et résignées dans une nation qui l'est tout autant, sans réel échappatoire.
Une observation à la fois ironique et acide, au plus près des corps et des visages de personnages authentiques que le cinéaste expose sans détour, pointant le sacrifice des figures féminines comme la vision biaisée du patriarcat (l'idée de la famille comme d'un fondement de l'État, où les couples tiennent moins par amour que par obligation), tout en célébrant l'unité dans le chaos et la cacophonie la plus totale.
Vive la famille...
Jonathan Chevrier







