[CRITIQUE] : Justa
Réalisatrice : Teresa Villaverde
Acteurs : Madalena Cunha, Betty Faria, Ricardo Vidal, Alexandre Batista,...
Distributeur : Epicentre Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Portugais, Français.
Durée : 1h46min.
Synopsis :
En 2017, une région du Portugal est ravagée par de gigantesques incendies qui emportent des forêts entières… et des vies. Quelques mois plus tard, un petit groupe de survivants — une petite fille Justa et son père grand brulé, une vieille femme devenue aveugle, un adolescent — tentent tant bien que mal de se reconstruire. Chacun affronte ses traumas, ses silences, ses fantômes. Mais certaines expériences demeurent impossibles à partager pour ceux qui ne les ont pas traversées.
Quand bien même le cinema portugais n'a jamais véritablement été célébré à sa juste valeur dans nos salles obscures, gageons que depuis le virage des années 2020, sa santé est on ne peut plus encourageante.
Preuve en est rien que sur les douze derniers mois d'exploitation, du puissant Le Rire et le Couteau de Pedro Pinho (qui vient fraîchement d'avoir droit à une ressoetie en version intégrale) au magnifique À la lueur de la chandelle d'André Gil Mata, en passant par les tout aussi brillants On Falling de Laura Carreira, Manas de Marianna Brennand où encore L'Arbre de la connaissance d'Eugène Green.
Rassurons-nous, le bien nommé Justa de la peu prolifique mais talentueuse cineaste Teresa Villaverde, absente des plateaux depuis neuf ans et le magnifique Contre ton coeur (au plus près de la douce et douloureuse implosion d'un cocon familial, frappé par l'imprévisibilité de la vie), ne contredit pas le moins du monde cette vérité, loin de là même.
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Pour son retour, avec en toile de fond une véritable tragedie - l'incendie dévastateur de Pedrogão Grande de juin 2017 -, elle croque un magnifique et pudique drame post-catastrophe sur la difficile tentative de reconstruction d'une communauté marquée et vulnérable.
Ne cherchant jamais à alourdir sa prose avec un penchant psychologico-melodramatique, elle ne fait que poser sa caméra, délicatement, au plus près de ses personnages, de ses hommes et de ses femmes qui semblent purement et simplement suspendus dans le temps, à la fois présents et ailleurs, identiques mais changés, incapables de retrouver une continuité au-delà d'un deuil insondable, accomplissant machinalement les tâches du quotidien parce que leurs corps continuent de vivre, à défauts de leurs âmes.
Des figures fortes et résilientes, unies dans la tragédie et qui survivent dans une réalité qui ne leur offre aucune alternative, qui les ramène à la vulnérabilité comme aux limites mêmes de l'humanité.
Poème contemplatif et existentiel - voire même presque métaphysique -, ancré dans une réalité à la fois concrète et altérée où la notion de famille se redéfinit dans la solitude et le besoin viscéral d'attache, Justa est une oeuvre justement juste, épurée et authentiquement humaine.
Jonathan Chevrier








