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[INSTANT LITTERATURE] : #34. Triangle noir de Niko Tackian



"Quoi, un site centré sur le cinéma qui papote littérature, mais quelle hérésie ! ".Voilà une manière polie de dire " qu'est-ce qu'on est en train de foutre ", mais à une heure ou la littérature n'a jamais autant été liée au septième art (ah, Hollywood et son manque d'originalité...), nous avons trouvé de bon ton, en temps que media, de voir un petit peu plus loin que le bout de notre plume, et d'élargir notre prisme de partage culturel en papotant littérature donc, sans pour autant que cela soit lié au cinéma - même si cela arrivera certainement souvent.

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#34. Triangle noir de Niko Tackian




Dans Triangle noir, Niko Tackian confirme sa place singulière dans le paysage du thriller français en livrant un roman sombre, viscéral et profondément ancré dans les fractures contemporaines. Dès les premières pages, le lecteur est happé par une atmosphère oppressante où la violence n’est jamais gratuite, mais toujours signifiante, presque politique. Le titre lui-même agit comme une promesse d’ombre et de vertige, annonçant une plongée dans des zones aussi bien géographiques que psychologiques. L’un des grands points forts du roman réside dans sa construction narrative. 

Tackian adopte un rythme tendu, presque suffocant, alternant scènes d’action brutales et moments d’introspection plus silencieux. Cette alternance empêche toute complaisance : le lecteur n’a ni le temps de se reposer ni celui de se détacher émotionnellement. La narration épouse souvent l’état mental des personnages, ce qui renforce le sentiment de désorientation et d’urgence. Le style, sec et tranchant, privilégie les phrases courtes, parfois abruptes, traduisant une violence latente qui affleure à chaque page. Les personnages, loin des archétypes habituels du polar, sont profondément marqués par leurs failles. Ils évoluent dans un monde où les repères moraux sont brouillés, et où la frontière entre le bien et le mal se révèle instable. Tackian excelle à montrer comment les traumatismes passés façonnent les comportements présents, sans jamais tomber dans l’explication psychologisante excessive. 

Le lecteur est ainsi invité à comprendre sans forcément pardonner, à observer sans juger trop hâtivement. Triangle noir se distingue également par son arrière-plan social et idéologique. Le roman ne se contente pas de raconter une enquête ou une traque : il interroge les dérives extrémistes, la manipulation des peurs collectives et la manière dont certaines idéologies prospèrent dans les angles morts de la société. Cette dimension donne au récit une profondeur supplémentaire et l’inscrit dans une réalité contemporaine inquiétante, où la fiction semble parfois dangereusement proche du réel. Enfin, l’atmosphère du roman mérite une attention particulière. 

Les décors, souvent hostiles ou claustrophobes, participent pleinement à la tension dramatique. La nature, quand elle est présente, n’est jamais apaisante : elle devient un miroir de la noirceur humaine, indifférente ou menaçante. Cette cohérence entre fond et forme témoigne d’une grande maîtrise narrative. En somme, Triangle noir est un thriller exigeant, dérangeant et maîtrisé, qui dépasse le simple cadre du roman policier pour proposer une réflexion sombre sur la violence, l’idéologie et la part d’ombre de l’être humain. Niko Tackian y démontre une écriture mûre et engagée, capable de marquer durablement son lecteur.


Jess Slasher