[CRITIQUE] : Le Studio photo de Nankin
Réalisateur : Ao Shen
Acteurs : Liu Haoran, Xiao Wang, Ye Gao,...
Distributeur : Space Odyssey
Budget : -
Genre : Drame, Historique, Guerre.
Nationalité : Chinois.
Durée : 2h17min.
Synopsis :
Au moment de la prise sanglante de Nankin (Chine) par l’armée japonaise en décembre 1937, un jeune homme échappe à la mort en prétendant pouvoir aider l’armée nippone à développer les photos de ses exactions. Il s’installe dans un studio photo qui devient alors un lieu de résistance, et risque sa vie pour sauver des familles et révéler les preuves des atrocités commises.
Quand bien même il n'est pas réellement frappé par le sceau de la subtilité, l'objectif du cinéaste chinois Ao Shen avec Le Studio photo de Nankin, est on ne peut plus clair : composer un récit à la fois spectaculaire (mais pas pour autant épique, la nuance est importante), poignant et percutant sur la prise sanglante de Nankin en Chine (sensiblement méconnu par chez nous), par l’armée japonaise en décembre 1937, et le massacre proprement inhumain qui en a découlé - typiquement de ceux que l'on oublie pas et, de facto, que l'on ne pardonnera jamais.
Aucune leçon politique - ni nuances non plus -, mais une exploration sans détour (et parfois assez explicite) de l'horreur et de la cruauté inouïe dont peut faire preuve l'homme, expurgé de tout heroisme facile, au plus près d'une âme rescapée - Ah Chang -, un employé de poste qui, par un coup du sort tragique (c'est en cherchant une lettre pour un passant, qu'il survit à une explosion qui a tué tous ses collègues), se retrouve contraint de se faire passer pour un technicien photo au service de l'armée impériale japonaise, et de développer les photos de ses exactions (pas d'images de vacances, mais bien les preuves silencieuses et terrifiances d'un massacre pur et simple).
Confiné dans l'espace étriqué et sufficant d'un studio photo qui devient alors tout autant un véritable lieu de résistance (où plusieurs personnes, qui n'ont pas veritablement de compétence dans le développement de photos, s'y cachent pour survivre), qu'une prison psychologique qui cristallise en ses murs toute l'horreur de la guerre, le bonhomme risquera sa vie, comme ses nouveaux compagnons de souffrance, pour sauver des familles et révéler les preuves des atrocités commises.
D'une étonnante sobriété dans sa représentation de la violence (pas trop de sensationnalisation putassière d'une souffrance passée et réelle, quand bien même certaines sont d'une dureté implacable) tout en étant d'une richesse symbolique puissante (la photographie, un art qui entretenait alors un lien incorruptible et physique avec la réalité - aujourd'hui beaucoup pous corruptible -, mais qui peut revêtir une résonnance plus identitaire et politique, un outil de résistance qui contrebalance avec la mort qui peut y être exposée), Le Studio photo de Nankin se fait une jolie fresque humaine sous fond de devoir de mémoire saisissant qui, si elle titille parfois un poil trop la carte du pathos indigeste, nous intime de regarder au plus près des tragédies et des horreurs d'hier, que l'on a tendance parfois à trop oublier.
Jonathan Chevrier





