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[CRITIQUE/RESSORTIE] : Boulevard du crépuscule


Réalisateur : Billy Wilder
Avec : Gloria Swanson, William Holden, Erich Von Stroheim,…
Distributeur : Park Circus France
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h51min

Date de sortie : 18 avril 1951
Date de ressortie : 21 janvier 2026

Synopsis :
Norma Desmond, grande actrice du muet, vit recluse dans sa luxueuse villa de Berverly Hills en compagnie de Max von Meyerling, son majordome qui fut aussi son metteur en scène et mari. Joe Gillis, un scénariste sans le sou, pénètre par hasard dans la propriété et Norma lui propose de travailler au scénario du film qui marquera son retour à l'écran, Salomé. Joe accepte, s'installe chez elle, à la fois fasciné et effrayé par ses extravagances et son délire, et devient bientôt son amant. Quand son délire se transforme en paranoïa et qu'elle débarque au milieu des studios Paramount pour convaincre Cecil B. DeMille de tourner à nouveau avec elle, Gillis commence à prendre ses distances...





Il est difficile d'écrire sur un film dont on a quasiment tout dit, sur une œuvre qui a marqué au fer rouge l'histoire du septième art mais également, sur une œuvre dont les mots eux-mêmes ne suffisent presque pas à décrire la beauté autant que la puissance et l'intensité émotionnelle qu'incarnent ses images.
Alors c'est bateau oui, mais Sunset Boulevard aka Boulevard du crépuscule, le drame intemporel et fleuve de Billy Wilder, est un chef-d'œuvre, un vrai, dans la plus pure définition d'un terme qui ne veut plus forcément rien dire aujourd'hui, tant il est dégainé à toutes les sauces par des spectateurs/cinéphiles à l'avis facile (comprendre : souvent inconsistant).

Écrire à son sujet est donc un poil tortueux, pour quiconque ne voulant pas tomber dans les banalités, quand bien même il est une évidence de flirter avec celles-ci pour analyser cette pièce fondamentale de l'histoire du cinéma américain - mais pas que -, équilibre parfait et rare entre vraies ambitions d'auteur et contours solides de divertissement populaire, sans jamais renier la moindre once de sa densité ni de sa complexité.

Exposition sans phare du revers douloureux de la médaille de la machine à rêves Hollywoodienne, qui célèbre les talents encore plus vite qu'elle les recrache dans une indifférence sourde, le film suit méticuleusement cette chute vertigineuse aux façades artificielles, ce cynisme cruel niché derrière la vision idéalisée d'un mythe qui, paradoxalement, ne s'est pas tant échiné à masquer son hypocrisie ni sa noirceur destructrice, au détour du parcours désespéré et tout en contradiction d'une ancienne grande star du cinéma muet, qui vit dans l'illusion douloureuse de pouvoir entamer un come-back qui lui est pourtant implacablement refusé, dans une industrie qui l'a totalement oubliée.

Tragédie en mélodrame majeur - avec des notes de film noir totalement assumée -, où la caméra virtuose de Wilder (constamment au service de son histoire et jamais tapageuse, jusque dans ses plans-séquences renversants) épouse la moindre strate déchirante d'un présent déchirant ou quand les illusions d'une gloire éphémère et perdue se fanent aussi vite que la raison, dans le coeur d'une étoile agonisante; Boulevard du crépuscule est le diamant noir de Wilder, un chef-d'œuvre pur et inoubliable dominé par la prestation incroyable d'une Gloria Swanson hallucinée et hallucinante.

Une ressortie immanquable, et le mot est faible.


Jonathan Chevrier