[CRITIQUE] : Gourou
Réalisateur : Yann Gozlan
Acteurs : Pierre Niney, Marion Barbeau, Anthony Bajon, Holt McCallany, Christophe Montenez,...
Distributeur : StudioCanal
Budget : -
Genre : Drame, Thriller.
Nationalité : Français.
Durée : 2h06min.
Synopsis :
Matt est le coach en développement personnel le plus suivi de France. Dans une société en quête de sens où la réussite individuelle est devenue sacrée, il propose à ses adeptes une catharsis qui électrise les foules autant qu'elle inquiète les autorités. Sous le feu des critiques, Matt va s'engager dans une fuite en avant qui le mènera aux frontières de la folie et peut-être de la gloire...
Le tandem Yann Gozlan - Pierre Niney se retrouve une troisième fois avec une nouvelle itération autour du personnage de Mathieu Vasseur, même nom utilisé sur Un homme idéal et Boîte noire, et permettant d'explorer une certaine variété de figures masculines ancrées dans l'obsession. Ici, on est dans une volonté permanente de contrôle par le biais de ce coach en développement personnel touchant encore et encore un pouvoir croissant autour de sa figure tout en ne voyant pas qu'il se dirige invariablement vers sa propre chute à force d'ambition et de mensonges...
En appelant directement son audience à ouvrir les yeux avant la première image, Matt impose son rythme à la narration. Il est donc logique que la première séquence le montre en contrôle total de son audience, avec une volonté de mettre en scène et en lumière sa prestation dans une optique de mise en avant permanente. La première partie du film parvient ainsi à construire cette optique de maîtrise, à asseoir ses idées de coaching, instagramer son bonheur et asseoir sa personnalité. Il est alors intéressant que sa première perte de contrôle se fasse de manière filmée, comme si cette ingérence d'une caméra extérieure ne pouvait que capter cette absence de prise médiatique et ce besoin de converger vers quelque chose de plus visibilisé encore.
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| Copyright WY PRODUCTIONS - NINETY FILMS – STUDIOCANAL – M6 FILMS - Photographe Jérome Prébois |
Si l'on sent une empathie de Gozlan envers le protagoniste à travers certaines déclarations en interview, on ne peut s'empêcher d'apprécier la façon dont il capte la perte d'humanité d'un personnage se rêvant figure. L'utilisation d'un passage télévisé dans « Touche pas à mon poste », en plus d'amener un grincement de dents évident par le parallèle induit sur son discours populiste, renforce ce trouble du média, de l'imagerie tellement en maîtrise qu'elle ne peut empêcher de montrer ses failles. Les échanges entre Pierre Niney et Anthony Bajon parviennent à accentuer cette énergie opposée jusqu'à un point de non-retour attendu mais au potentiel intéressant. C'est là, dans cette paranoïa et cette prise glissante, que le rythme grince un peu, la deuxième moitié du film se révélant alors plus classique que la seconde jusqu'à une conclusion qui renvoie à cette envie de reprendre l'emprise sur un narratif qui s'échappe
Gourou porte donc des germes narratifs intéressants dans ce qu'il rappelle de discours populistes et de manipulations d'images qui ne peuvent que résonner par l'actualité. Si le récit grippe un peu dans sa deuxième moitié, il reste des pistes intéressantes, bien appuyées par l'implication de son acteur principal et la réalisation de Gozlan, surtout quand elle cherche à ausculter le principe de mise en scène d'un personnage dont les envies de contrôle ne pouvaient que déborder hors de la fiction, comme si le réel ne suffisait pas à rappeler constamment les velléités de certains à dissimuler des violences médiatiques insoutenables...
Liam Debruel
Intronisé sans forcer en tête de liste des jeunes cinéastes qui envoient gentiment du pâté dans l'hexagone, grâce a un joli grand chelem gagnant - Un Homme Idéal, Burn Out, Boîte Noire et Visions -, le bonhomme pouvait clairement s'estimer comme l'un des spécialistes du thriller psychologique et atmosphérique bien de chez nous, sachant gentiment capter l'attention; un artisan capable d'épouser avec habileté les tropes du genre pour mieux leur offrir une carapace un poil plus moderne (même si, il est vrai, emprunt d'un classicisme américain très marqué), tout en ne sapant jamais l'intelligence de son auditoire au passage.
Mais depuis quelques mois maintenant, il semble y avoir une sacrée couille dans le potage, de celle qui laisse un arrière goût méchamment persistant à une popote familière pourtant sensiblement goûteuse jusqu'ici.
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| Copyright WY PRODUCTIONS - NINETY FILMS – STUDIOCANAL – M6 FILMS - Photographe Jérome Prébois |
Dalloway, basé d'une manière plus où moins lointaine, sur la nouvelle Fleurs des Ténèbres de Tatiana de Rosnay, nous mettait déjà clairement la puce à l'oreille en octobre dernier, thriller science-fictionnel (et un poil technophobe) ambitieux et so 70s qui tentait de jouer sur notre angoisse grandissante autour d'une intelligence artificielle de plus en plus intrusive dans notre quotidien (mais aussi sur la notion de vol créatif délibéré auquel elle expose les créateurs).
Résultat, au-delà de son manque d'implication réelle sur les questionnements - importants - concernant les notions d'art et d'inspiration créative (l'écriture préférant s'égarer dans plusieurs sous-intrigues qui ne mènent strictement à rien), le film, qui ne cherchait jamais réellement à s'aventurer hors des sentiers battus quitte à, paradoxalement, se tirer une propre balle dans le pied (proposer un divertissement manquant cruellement d'originalité sur un sujet pointant un danger créatif imminent, à une heure où l'industrie assume sans complexe son uniformité et sa répétitivité... oups), avait tout du pétard mouillé gentiment frustrant.
Même constat quelques mois plus tard pour Gourou, troisième collaboration avec un Pierre Niney imaginé cette fois en coach en développement personnel populaire qui s'est " fait tout seul " (coucou YouTube) et à la toxicité jamais réellement masquée, dans ce qui est pensé et vanté comme une exploration des méandres d'une tendance (et, plus généralement, à la notion d'influenceur et à notre sur-dépendance aux réseaux sociaux) ouvrant la porte à de multiples dérives - et pas uniquement sectaires -, au plus près de ses séances quasi-transiques où il use de son pouvoir d'attraction sur des esprits dont il a pleinement conscience de la fragilité.
Pourquoi pas sur le papier, d'autant que le portrait à charge de son " gourou ", profondément antipathique, manipulateur et égocentrique, aussi aveuglé par sa propre gloire qu'enfermé par elle et ses propres prédications (un homme sous influences qui influence), est censé nourrir une descente aux enfers nuancée et charnue plus où moins révélatrice des maux de notre société contemporaine (et annoncée dès l'affiche " Méfiez-vous de vos idoles "); le tout en arborant à nouveau, les oripeaux d'un thriller racé et sous tension, pas exempts de rebondissements.
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| Copyright WY PRODUCTIONS - NINETY FILMS – STUDIOCANAL – M6 FILMS - Photographe Jérome Prébois |
Monumentale erreur, tant le film embourbe ses - supposées - bonnes intentions au coeur d'une narration affreusement brouillonne et redondante, moins concise que les formules faciles de sa figure titre, qui bazarde douloureusement la profondeur de ses personnages secondaires (dommage tant chacun cherche plus où moins directement, à faire vasciller l'empire du personnage titre) autant qu'elle s'ankylose de quelques séquences au mieux maladroites, au pire franchement gênantes (la scène simili-confessionnelle chez TPMP, symbole de l'approche grossière de son écriture).
Idem côté mise en scène, sensiblement sous-LSD et au montage affreusement clipesque, à laquelle répond un Pierre Niney au cabotinage mignon.
L'homme est un gourou pour l'homme, et clairement un loup pour le cinéma de Yann Gozlan.
Jonathan Chevrier






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