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[CRITIQUE] : La Grazia


Réalisateur : Paolo Sorrentino
Acteurs : Toni Servillo, Anna Ferzetti, Orlando Cinque, Massimo Venturiello,...
Distributeur : Pathé Films
Budget : -
Genre : Drame, Romance.
Nationalité : Italien.
Durée : 2h13min.

Synopsis :
Mariano De Santis, Président de la République italienne, est un homme marqué par le deuil de sa femme et la solitude du pouvoir. Alors que son mandat touche à sa fin, il doit faire face à des décisions cruciales qui l’obligent à affronter ses propres dilemmes moraux : deux grâces présidentielles et un projet de loi hautement controversé.
Aucune référence à des présidents existants, il est le fruit de l'imagination de l'auteur.





Quoiqu'en diront certains, il y a eu un déclic au cœur du cinéma résolument brillant de Paolo Sorrentino, opéré avec le magnifique et profondément autobiographique La Main de Dieu, comme s'il mettait désormais, totalement, sa mise en scène formelle et son lyrisme baroque au service de la beauté de ses plans comme des émotions intenses qu'il cherche à transmettre.
Plus Fellinien que jamais, c'était donc tout naturellement qu'avec Parthenope, volontairement encore plus lyrique, il cherchait à suivre ce même mouvement en poussant encore un poil plus loin les potards de ses standards, tout en ne quittant jamais le cadre bleu azur d'une Naples qui n'a jamais été aussi belle et édénique que devant sa caméra.

Copyright Andrea Pirrello / Pathé Films

En résultait néanmoins une fable allégorie partiellement frustrante, auscultation d'une société napolitaine qu'il déshabillait tout autant qu'une figure titre qui, comme elle était emprisonnée dans sa propre beauté, moins la faute d'une mise en scène méticuleuse et soignée - tout en traveling fluide et cotonneux -, qu'à une narration jamais à sa hauteur, étirée en longueur beaucoup trop dépourvue de profondeur et de complexité (pas aidée non plus par quelques digressions dispensables - notamment celle entourant un Gary Oldman lessivé).
Étonnant venant d'un cinéaste qui, à la différence d'un Luca Guadagnino, était jusqu'ici aussi doué pour épouser subtilement les corps tout autant que leurs humeurs.

La Grazia, dégainé à peine moins d'un an plus tard, vient sensiblement corriger le tir, lui qui poursuit l'esprit de la biographie fictive et fantasmée de Parthenope tout en tentant, sans jamais réellement s'affirmer comme une oeuvre définitive pour autant, entamer une sorte de dialogue vertueux et passionné avec les précédents efforts du cinéaste, à travers une figure du pouvoir - fictive, mais inspirée par plusieurs bien réelles - veuve mais accomplie, une véritable incarnation de la loi (un ancien juriste élu président) frappée par une mélancolique remise en question existentielle à l'heure des dernières heures de son mandat, alors qu'il est assailli par une pluie de dilemmes moraux (un projet de loi sur l'euthanasie, des grâces présidentielles possibles à accorder à deux condamnés aux profils bien distincts,...) et un doute pesant.

Copyright Andrea Pirrello / Pathé Films

Lancinante et volubile errance présidentielle tissant une réflexion captivante sur le temps qui passe et sa vérité immuable, comme sur la nature humaine et ses contradictions complexes,  La Grazia, d'un humanisme délicat même si, il est vrai, pas dénué non plus d'un didactisme un poil austère dans sa seconde moitié (voire d'une glorification appuyée d'une certaine forme d'autorité absolue conservatrice et patriarcale, ce qui n'est pas totalement faux non plus), n'en reste pas moins une oeuvre captivante dont l'élégance sobre (d'une manière réellement étonnante chez le papa de Il Divo), va de pair avec la prestation impériale d'un Tony Servillo tout en retenue.

Paolo Sorrentino reste déterminé à vouloir déséquilibrer l'équilibre de son cinéma pour mieux le transformer par de petites touches discrètes, pas toujours adroites certes, mais néanmoins fascinante à décortiquer.
Vivement la suite donc.


Jonathan Chevrier