[CRITIQUE] : Nuremberg
Réalisateur : James Vanderbilt
Avec : Russell Crowe, Rami Malek, Michael Shannon, Richard E. Grant,...
Distributeur : Nour Films
Budget : -
Genre : Drame, Historique.
Nationalité : Américain, Hongrois.
Durée : 2h26min
Synopsis :
1945. Il est temps d’instruire le procès du régime nazi à Nuremberg. Le psychiatre américain Douglas Kelley doit évaluer la santé mentale des dignitaires du IIIᵉ Reich. Face au manipulateur Hermann Göring, il se retrouve pris dans un rapport de force. S'ouvre alors un duel avec le mal absolu.
Lancé dans un walk of shame certes foutrement pavé de billets verts mais dont on se demande bien si une issue y est encore possible (le remake de Highlander signé Chad Stahelski, reste un gros point d'interrogation, quans bien même il est censé y avoir un rôle mineur), Russell Crowe, qui n'a évidemment plus rien à prouver (même derrière une caméra où il est loin d'être manchot), continue gentiment mais sûrement à enchaîner les rôles les plus opposés qui soit (et, en grande partie, des productions faisandées) et semble, assez paradoxalement, s'éclater comme jamais dans cet exercice - et un peu nous aussi, par la même occasion.
Si on l'avait laissé plutôt inspiré il y a quelques mois, dans le pourtant pas fifou The Exorcism de Joshua John Miller (l'éternel Homer du génial Near Dark de Queen Kathryn Bigelow), morceau d'horreur métaphysico-ronflant façon descente aux enfers sans tension et beaucoup trop familière, moins hantée qu'épouvantable (et surtout définitivement moins fun qu'un L'Exorcisme du Vatican bourré jusqu'à la poire d'incohérences et de SFX foireux), le voilà de retour avec une séance qui, sur le papier, pourrait offrir une embardée rédemptrice à sa dégringolade consentie.
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Soit le bien nommé Nuremberg, chapeauté par un James Vanderbilt qui cherche sans trembler des genoux, à s'inscrire dans l'ombre de Stanley Kramer et de son Jugement à Nuremberg, en narrant la traduction en justice, au lendemain de la capitulation nazie, des quelques dirigeants nazis qui ont survécu à la chute du Reich.
Le tout à travers le prisme de la relation entre l'ancien plus haut gradé de l'histoire du Reich, Hermann Göring, et le psychiatre Douglas Kelley, chargé d'évaluer la santé mentale des 22 accusés de Nuremberg, avec comme point d'appui l'essai Le Nazi et le Psychiatre de l’historien américain Jack El-Hai - basé sur les archives personnelles et les livres de Kelley.
Tu nous suis toujours ? Tant mieux...
Exploitant de manière pas toujours évidente les codes du thriller gentiment claustrophobique à la lisière de l'horreur, au détour d'une opposition voulue comme tendue et particulièrement complexe, Vanderbilt peine cela dit mignon à exposer la banalité du mal (on est évidemment loin de la vision puissante d'un Jonathan Glazer sur La Zone d'intérêt, dans la représentation de la banalisation perverse d'une horreur abjecte et bien réelle), la cruauté déconnectée d'hier qu'il tente de renvoyer frontalement à un présent tragiquement palpable (où, à titre d'exemple, le concept de crimes contre l’Humanité semble arborer de nouvelles définitions nuancées...), où la mégalomanie monstrueuse des puissants perpétuent des horreurs dont nous étions censés en tirer les leçons, pour ne plus avoir à les reproduire.
Un dialogue pertinent sur le papier mais jamais réellement percutant à l'écran tant, aussi didactique soit-il (même si parfois moralisateur), il n'offre strictement rien de nouveau au débat sur la dépravation morale comme sur la monstruosité des crimes nazis, quitte à s'appuyer lourdement sur la force des images d'archives et moins sur sa propre force cinématographique - ni sur la subtilité de sa plume.
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Pire, au-delà au-delà de la performance imposante de Michael Shannon mais avant tout et surtout, celle de Russell Crowe (dans le mauvais - son horrible accent allemand - comme dans le bon sens - tout le reste - du terme, et face à qui Rami Malek peine clairement à s'aligner, même en sortant ses plus beaux regards vides), le film se paye le luxe maladroit de se perdre autant dans un étirement furieusement excessif de sa prose (deux heures et demie qui se font cruellement sentir), que dans un académisme purement américain (photo désaturée, mise en scène théâtrale, score bruyant d'un Hans Zimmer moins inspiré que jamais,...).
Pas de quoi tomber tête la première dans la satire involontaire, ni d'incarner une oeuvre définitive sur le sujet non plus, mais si sa vertu pédagogique pouvait amener un jeune public à s'intéresser/connaître une tragédie passée que le septième art n'a jamais réellement mis de côté pour autant (tout du moins, pour le spectateur un minimum averti), gageons que l'important est sans doute là.
Jonathan Chevrier



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