[CRITIQUE] : Le Chasseur de baleines
Réalisateur : Philipp Yuryev
Avec : Vladimir Onokhov, Vladimir Lyubimtsev, Kristina Asmus,...
Distributeur : Singularis Films
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Russe, Polonais, Belge.
Durée : 1h33min.
Synopsis :
Leshka est un adolescent qui vit dans un village isolé sur le détroit de Béring, situé entre la Russie et l’Amérique. Comme la plupart des hommes de son village, il vit de la chasse de la baleine et mène une vie très calme à l’extrémité du monde. Avec l’arrivée récente d’internet, Leshka découvre un site érotique où officie une cam girl qui fait naître en lui un désir d’ailleurs…
Petit instant Wikipedia essentiel : il n'y a qu'une poignée de kilomètres, à peine deux cents, qui séparent les deux superpuissances mondiales que sont la Russie et les États-Unis, deux blocs opposés du globe mais dont les frontières sont finalement plus proches qu'elles ne le laissent présager de prime abord.
200 kilomètres, c'est l'espace maritime du détroit de Béring qui sépare la péninsule Tchouktche (l'extrémité nord-est de la Russie et du continent asiatique), de la péninsule Seward, en Alaska, une distance dérisoire pour un gamin tel que Leshka, un adolescent vivant dans un village baleinier isolé où l'accès à internet est une ouverture toute fraîche sur le monde, l'amour et même... des rêves d'Amérique.
Dans une contemporanéité affreusement consumériste et capitaliste, même les effluves idéalisées et artificielles de l'American Dream, savamment cultivées par les médias depuis toujours, peuvent pervertir l'imaginaire comme la psyché d'adolescents vivant littéralement sur le toit du monde, alors qu'internet vient symboliquement réduire les frontières, comme celles entre l'impossible et le concevable, tout en creusant encore un peu plus les vérités du fossé culturel comme social entre les populations.
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| Copyright Singularis Films |
C'est tout la problématique au coeur du premier long-métrage juste et pertinent du wannabe cinéaste russe Philipp Yuryev, Le chasseur de baleine, doux et rugueux coming of age movie d'un jeune chasseur de baleines (tout est dans le titre, mais également à l'image à travers de fantastiques séquences ethnographiques, au plus près d'une population de la toundra russe qui vit en parfaite symbiose avec un cétacé dont elle extrait absolument tout, pour survivre er exister) qui réalise non sans heurt qu'il est à la fois excessivement proche comme aux antipodes de la fille qui a bouleversé son existence - une camgirl qui contribue férocement à son éveil sexuel -, symbole cynique d'un fantasme inaccessible et des leurres cruels d'un mondialisme qui pervertit tout, même l'innocence et la crédulité de l'adolescence.
Drame pittoresque et tendre entre Lynch (jusque dans son ambiance sonore) et Kaurismäki qui prend joliment, dans son dernier tiers, les courbes d'une fable introspective et tout en désillusion dynamitée par une fougue et une énergie juvénile salutaire, le film incarne un premier effort étonnant et détonnant qui vaut gentiment son pesant de pop-corn, et encore plus au sein d'un genre qui a douloureusement subit les outrages d'une vague de potacherie aiguë et de dystopies adolescentes indigestes, issue de la production nord-américaine - douce ironie.
Jonathan Chevrier








