[CRITIQUE] : Dreams

Réalisateur : Michel Franco
Acteurs : Jessica Chastain, Isaac Hernández, Rupert Friend, Marshall Bell,...
Distributeur : Metropolitan FilmExport
Budget : -
Genre : Drame, Romance, Thriller.
Nationalité : Américain, Mexicain.
Durée : 1h38min
Synopsis :
Fernando, un jeune danseur de ballet originaire du Mexique, rêve de reconnaissance internationale et d’une vie meilleure aux États-Unis. Convaincu que sa maîtresse, Jennifer, une Américaine mondaine et philanthrope influente, l’aidera à réaliser ses ambitions, il quitte clandestinement son pays, échappant de justesse à la mort. Cependant, son arrivée vient bouleverser le monde soigneusement construit de Jennifer. Elle est prête à tout pour protéger leur avenir à tous deux, mais ne veut rien concéder de la vie qu'elle s'est construite.
On avait laissé le cinéma linéaire de Michel Franco sur une oeuvre plus linéaire et intime qu'à l'accoutumée, Memory qui, même dans ses déséquilibres évidents, se fait une séance tout en tendresse, en souffrance et en rédemption, où le cinéaste abordait des concepts aussi douloureux que fascinants (les violences sexuelles, la notion exhaustive de vérité, les inégalités qui gangrènent l'Amérique), au détour d'une magnifique histoire d'amour aux personnages finement croqués, et incarnés à la perfection par un tandem Jessica Chastain/Peter Sarsgaard particulièrement inspiré.
Deux ans plus tard, toujours avec Jessica Chastain en vedette et un sous-texte idéologique sensiblement similaire, il nous revient avec Dreams, odyssée Franco-esque pur jus de son esthétisme (résolument moderne) à ses tics de mise en scène furieusement familiers (tout en plans fixes subtilement élégants et à la froideur affirmée), à nouveau structurée autour d'une romance étrange et ambiguë, mais au cynisme cette fois résolument plus décomplexé : le cinéaste ne voit plus l'amour comme un outil potentiellement rédempteur où émancipateur, un cadeau délicat et essentiel qu'il faut chérir avec chaleur, mais bien comme une arme prédatrice et dévastatrice, violente et
douloureuse.
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Chastain n'est plus ici une âme en quête de chaleur humaine et de connexion, mais une mante religieuse philanthrope qui use de ses charmes pour dévorer, manipuler une jeune âme innocente qu'elle feint d'aimer, économiquement comme socialement aux antipodes de sa condition privilégiée : Fernando, un jeune et pauvre danseur mexicain rencontré à Mexico, qui vit dans l'illusion que cette riche héritière pourrait lui faire goûter au chimérique rêve américain, qui lui était pourtant interdit avant même qu'il ne foule le sol du pays de l'oncle Sam (après avoir déjà été expulsé une fois, il revient illégalement aux États-Unis pour être avec elle).
Une union qui incarne, symboliquement comme allégoriquement, une inversion de la dynamique patriarcale (c'est la figure féminine qui a le pouvoir de dominer l'autre, à tous les niveaux) tout autant qu'un reflet amer - et sadique - des relations conflictuelles entre leurs deux nations (renforcées par l'arrogance affirmée et la politique immigratoire de la plus puissante des deux).
Sensuellement cru et cruel, sarcastique et férocement épuré, Dreams va strictement à l'essentiel, dégaine sans fioritures sa prose âpre et vénéneuse, et se rapproche presque tout naturellement du regard amer et radical sur l'Amérique, des plus récents efforts de Yorgos Lanthimos et Ari Aster.
Espérons que le duo Chastain/Blanco ne se lâche pas de sitôt.
Jonathan Chevrier







