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[CRITIQUE] : Promis le ciel


Réalisatrice : Erige Sehiri
Avec : Aïssa Maïga, Deborah Christelle Lobe Naney, Laetitia Ky,...
Distributeur : Jour2Fête
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Tunisien, Français, Qatari.
Durée : 1h32min.

Synopsis :
Marie, pasteure ivoirienne et ancienne journaliste, vit à Tunis. Elle héberge Naney, une jeune mère en quête d'un avenir meilleur, et Jolie, une étudiante déterminée qui porte les espoirs de sa famille restée au pays. Quand les trois femmes recueillent Kenza, 4 ans, rescapée d'un naufrage, leur refuge se transforme en famille recomposée tendre mais intranquille dans un climat social de plus en plus préoccupant.





Ils se comptent sans doute sur les doigts d'une main méchamment amputée certes, même au coeur d'une distribution annuelle de plus en plus dense, mais ils sont indiscutablement essentiels, ces premiers efforts qui nous marquent férocement la rétine, ces films qui s'inscrivent durablement dans notre esprit même longtemps après leurs visions, frappés que nous sommes par l'évidence, la certitude d'assister à la naissance d'une future voix indispensable du septième art - hexagonal comme mondiale -, d'un où d'une future cinéaste appelée à s'inscrire dans la durée, à faire de chacune de ses œuvres un rendez-vous immanquable.

Copyright Maneki Films - Henia Production

Des séances à l'image du magnifique premier passage derrière la caméra de la cinéaste franco-tunisienne Erige Sehiri, Sous les figues, qui explorait avec délicatesse et vérité les dynamiques patriarcales oppressantes qui affectent la vie quotidienne des femmes dans la Tunisie rurale, tout en dégageant une lueur d'optimisme au travers des liens de sororité nécessaires et salvateurs.
Trois ans plus tard et non sans une certaine attente, elle nous revient avec Promis le Ciel, nouveau drame choral et sororal à la finesse salutaire, dont la grandeur réside, comme pour Sous les figues, dans ce qu'il y a finalement de plus difficile à retranscrire au cinéma : exposer la vie dans ce qu'elle a de plus simple, rugueuse et universelle, non sans nourrir son récit naturaliste d'un regard sociétal aussi subtil que puissant.

Frappé du même regard anthropologique juste et pertinent (que l'on pourrait, intimement, lier au cinéma béni d'Andrea Arnold), la cinéaste n'a besoin que d'une poignée de scènes pour composer un canevas aux enjeux denses et clairs, fermement ancrés dans notre réalité contemporaine : l'histoire de trois femmes immigrées aux existences douloureusement tourmentées et complexes (attachantes même si, il est vrai, leurs personnalités sont un poil trop taillés à la serpe par Sehiri), vivant sous le même toit dans la Tunisie d'aujourd'hui, dont elle célèbre la force individuelle comme la résilience face à la fatalité et l'adversité (précarité extrême, discrimination, clandestinité,...), déterminés quelles sont à conserver leur dignité comme à s’intégrer dans un monde à la fois urbain et en marge, où rien ne leur est offert sur un plateau - et le mot est faible.

Copyright Maneki Films - Henia Production

Dénué de tout sentimentalisme putassier, abordant le sujet, rarement exprimé a l'écran, de l'expérience migratoire en Afrique (plus directement ici de l'Afrique subsaharienne vers l'Afrique du Nord), tout autant qu'elle effleure la fragilité des liens sororaux et familiaux (de la difficulté à les créer et encore plus de les maintenir), avec une sincérité toute aussi brute que désarmante, Promis le ciel incarne un beau et sensible drame sur des figures modestes, vibrantes et courageuses, qui refusent d'être définies par leurs douloureuses conditions.
La confirmation, si besoin était, de la naissance d'une grande cinéaste.


Jonathan Chevrier