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[CRITIQUE] : Silence


Réalisateur : Eduardo Casanova
Acteurs : María León, Ana Polvorosa, Mariola Fuentes, Lucía Diez,...
Distributeur : -
Budget : -
Genre : Épouvante-horreur, Drame.
Nationalité : Espagnol.
Durée : 1h09min

Synopsis :
Des sœurs vampires survivent à la peste noire, mais le silence qui les entoure aura raison d’elles. Des siècles plus tard, leur descendante affronte le même conflit durant l’épidémie de sida en Espagne, entre peur et amour.





Force est d'admettre que pour tout cinéphile un minimum curieux, il n'y a pas besoin de labourer plus que de raison les terres cinématographiques espagnoles, pour y trouver quelques-uns des cinéastes les plus intéressants du fantastique contemporain, des hommes et des femmes n'ayant pas peur de bousculer une fourmilière ronronnante et sous (forte) emprise nord-américaines - de part sa distribution massive à travers le globe.
Au point même que si la France ne venait pas fréquemment taper du pied - et de la pellicule -, tout comme une Grande-Bretagne qui aborde peu (mais bien) le terrain de la flippe, nous serions presque tenté d'affirmer que la vraie terreur made in Europe depuis le début des années 2000, à un passeport ibérique.

Décemment de la nouvelle garde de faiseurs de cauchemar, au même titre que Lluís Danés, Carlota Martínez-Pereda ou même Galder Gaztelu-Urrutia, Eduardo Casanova, découvert avec le bien craspec Skins, ne semble pas réellement avoir changé de fusil d'épaule depuis qu'on l'avait laissé avec le gentiment provoquant et consciemment grotesque La Pietà, sous (très) forte influence sud-coréenne, tant il est impossible de ne pas penser à son second long-métrage à la vision de Silence, mini-série de trois courts épisodes qui puait tellement le cinéma (un 16mm granuleux si reconnaissable), qu'elle fut remontée en un moyen-métrage tout aussi esthétisé et macabre que son essai précédent... voire même un petit peu plus.

D'une relation familiale déviante et en marge, opposée dans la couleur aux victimes torturées par le régime dictatorial et impitoyable de Kim Jong-un, Casanova joue de nouveau la carte de la mise en parallèle dans un artifice allégorique cette fois beaucoup moins grossier, tout en gardant la cellule familiale (où, plus directement, sororale) au centre des débats : ici, il est question du mythe vampirique que l'on symbolise/oppose à la stigmatisation des victimes de la peste noire et du VIH (et plus frontalement, à la réalité d'une stigmatisation des victimes féminines par la mémoire collective et, de facto, par une mémoire cinématographique qui n'a - quasiment - mis en lumière que des tragédies masculines), dans une sorte de fable décadente et débridée au kitsch, comme pour La Pietà, totalement assumé.

Parler de la maladie comme d'une métaphore sociale n'a évidemment rien de révolutionnaire, mais l'application qu'apporte Casanova a déconstruire (pas toujours avec subtilité, certes) les tropes du genre vampirique en faisant des femmes vampires moins la - simpliste - expression d'un désir inavoué profondément masculin, que des êtres marginalisés mais ouvertement libres - et queer - qui expriment leurs affections comme ce qu'elles sont au grand jour (elles qui ne transmettent pas leur " mal " par morsure, ne brûlent pas au soleil mais sont durement marquées par la violence de l'Église et de sa répression sourde et brutale); vient instinctivement donner du corps comme une âme à un mélodrame folklorique, sanglant et baroque sous fond de stigmatisation et d'amour, de peur et de désir, où le silence et les non-dits font plus de ravages qu'un pieu dans le coeur.

Casanova livre une nouvelle fois une oeuvre excentrique et - juste ce qu'il faut - provocante, presque Pasolinienne dans l'esprit, qui n'est pas là pour brosser son auditoire dans le sens d'un poil, quitte à en laisser beaucoup sur le carreau.
Nous ne sommes définitivement pas de ceux-là.


Jonathan Chevrier