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[CRITIQUE] : Rebuilding


Réalisateur : Max Walker-Silverman
Acteurs : Josh O'Connor, Meghann Fahy, Kali Reis, Lily LaTorre,...
Distributeur : KMBO
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Américain.
Durée : 1h35min

Synopsis :
Dans l’Ouest américain, dévasté par des incendies ravageurs, Dusty voit son ranch anéanti par les flammes. Il trouve refuge dans un camp de fortune et commence lentement à redonner du sens à sa vie. Entouré de personnes qui, comme lui, ont tout perdu, des liens inattendus se tissent. Porté par l’espoir de renouer avec sa fille et son ex-femme, il retrouve peu à peu la volonté de tout reconstruire.





Il y a, indiscutablement, un air du cinéma de Chloë Zhao qui parcourt toute l'échine du magnifique second long-métrage de Mark Walker-Silverman, Rebulding, dans cette volonté de tromper les courbes familières du western âpre et violent purement américain, pour lui donner un timbre plus minimaliste et intimiste, un groove plus tranquille et humain (dans la veine délicate de son déjà très beau A love song).

Comme Zhao, Walker-Silverman semble avoir une passion sincère pour l'âge d'or et utilise savamment la nature sauvage pour appuyer ses commentaires sur le coeur profond et vulnérable de l'Amérique.
Les promesses factices du rêve américain et sa promesse d'accomplissement de soi se frottent ici à la dure réalité à laquelle sont confrontés la plupart des américains au XXIème siècle : des existences réduites à une succession de fatalités dictées par une société capitaliste et sa constante recherche du profit, mais qui croit fermement dans les notions de solidarité et de transmissions, denrées rares aujourd'hui.

Copyright Jesse Hope

Portrait intimiste et vibrant sur les laissés-pour-compte d'une Amérique fatiguée et (presque) agonisante, jamais vulgarisé ni par un ton larmoyant putassier, ni par la mise en scène - sobre et joliment contemplative -, le film pousse à l'empathie sans fondamentalement être un récit à charge (le fait de porter un regard plein d'espoir et de chaleur sur une population acculée par leur réalité économique, mais qui cherche tout bon côté dans leur malheur, ne nie pas pour autant la violence sourde de leur quotidien), consciente que toute vision sur l'Amérique moderne ne peut avoir que son lot de contradictions, puisque le pays lui-même est bâti sur celles-ci, et continue de vivre par elles.

De tout son long, il s'attache aux aternoiments de Dusty, un éleveur stoïque et digne du Colorado obligé de reconstruire sa vie dans une caravane alors qu'il vient de perdre son ranch familial (et les quelques têtes de bétail dont il a dû se séparer), la faute à un incendie ayant ravagé des milliers d'habitations; l'ultime perte de trop d'un homme ayant déjà dû digérer un divorce qui l'a éloigné de sa fille adorée de neuf ans, alors que son ex-femme a refait sa vie dans un cadre plus urbain.
Tout le nœud de la narration est là, dans cet enchaînement de traumatismes qui aurait pu nourrir la spirale infernale d'une tragédie intime et douloureuse, mais que Walker-Silverman pense comme le terreau d'un nouveau départ à l'honnêteté brute, tout en rencontres et en ouverture à autrui, tout en entraides désintéressées et en reconstruction de ce qui est essentiel (les liens du coeur).

Copyright Jesse Hope

Dominé par la partition tout en finesse et en retenue de Josh O'Connor, Rebulding, d'une universalité vibrante et déchirante, se fait une pure tranche de vie néoréaliste au cœur de l'Americana profonde, dont la force réside autant dans sa simplicité désarmante que dans son rythme lancinant et son authenticité à toute épreuve.
Un beau drame minimaliste et méditatif sur la résilience comme la découverte de soi, qui vaut décemment la moindre minute qu'on lui consacre.


Jonathan Chevrier