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[CRITIQUE] : L'Ombre du corbeau


Réalisateur : Dylan Southern
Avec : Benedict Cumberbatch, David Thewlis, Sam Spruell,...
Distributeur : Paramount + France / Originals Factory
Budget : -
Genre : Drame.
Nationalité : Britannique.
Durée : 1h44min.

Synopsis :
Un père, dont la réalité s’effondre à la mort de sa femme, se voit traqué par une présence étrange, sortie toute droite de ses dessins. Cette mystérieuse créature s’invite dans sa vie et y sème le chaos. C’est peut-être exactement ce dont il avait besoin.





Il y a quelque chose de férocement ordinaire dans la prestance de Benedict Cumberbatch, de son visage distinctif à sa stature assez banale, en passant par un timbre aussi robuste que sensuel, qui le rend de facto plus qu'idéal pour incarner à l'écran, un potentiel héros du quotidien dans lequel des grands comédiens britanniques tels que Daniel Day Lewis ou encore Gary Oldman, auraient peut-être un chouïa plus de mal à se fondre.
Typiquement le type de comédien capable de donner du corps et du coeur à une oeuvre inégale qui, même frappée des meilleures intentions, aurait une fâcheuse tendance à s'auto-dévorer avec une gourmandise gênante.


Une œuvre telle que The Thing With Feathers aka L'ombre du corbeau de Dylan Southern, adaptation du roman éponyme de Max Porter, qui jongle sans réellement trouver d'équilibre entre le drame familial intime et la fable fantastique matinée d'horreur psychologique, désireuse de rendre palpable le deuil en lui donnant vie, en matérialisant de manière abstraite l'absence d'un être cher par une créature allégorique, symbole de la dualité d'une figure bouffée par le traumatisme et une envie pourtant authentique de lui résister.
Soit le calvaire insondable d'un père - anonyme - submergé par la souffrance causée par la perte soudaine et brutale de son épouse, incapable de faire son deuil au point de perdre tranquillement mais sûrement le contact avec la réalité, lorsqu'il pense qu'une présence malveillante commence à le hanter dans son propre appartement, et lui voudrait du mal à lui comme à ses deux jeunes fils.

Copyright Anthony Dickenson/Courtesy of Sundance Institute/Paramount + France / Originals Factory

Le film n'est d'ailleurs jamais plus fort que lorsqu'il laisse sa menace fantastique à l'état de mystère impalpable, de brèche presque organique dans une vérité du réel de plus en plus brumeuse, moins lorsque la redondance de la réitération de ses apparitions - et sa contextualisation verbeuse - se fait un mécanisme épuisé et épuisant qui prend systèmatiquement trop de place dans la réalité, une corde que l'on tire trop faute de savoir quoi en faire et qui souligne d'autant plus les limites d'une structure narrative peut-être encore plus schématique, mais aussi celle d'une mise en scène manquant de (en)vie.
Tout le contraire du pas si éloigné et sensiblement plus solaire Tuesday, magnifique premier long-métrage de la wannabe cinéaste Daina Oniunas-Pusic, méditation lyrique et surréaliste qui traitait lui aussi du deuil et de la difficulté d'apprendre à vivre avec la mort, en prenant le parti pris d'une excentricité et une fantaisie émouvantes pour mieux tromper son fatalisme.

Mais il y a une authenticité fascinante qui se dégage de cette déconnexion psychologique et allégorique, dans cette douloureuse mise à nu d'un époux broyé par son désespoir intérieur, d'un foyer réduit à l'état de dortoir hostile, d'enfants confrontés à la crudité d'une double absence parentale.
Non sans heurts, L'ombre du corbeau montre que le chagrin n'est pas quelque chose que l'on surmonte mais bien un compagnon de souffrance cloué à notre épaule, dont la voix s'atténue avec le temps... où pas.



Jonathan Chevrier