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[CRITIQUE] : Fuori


Réalisateur : Mario Martone
Acteurs : Valeria Golino, Matilda De Angelis, Elodie, Corrado Fortuna,...
Distributeur : Le Pacte
Budget : -
Genre : Biopic, Drame.
Nationalité : Italien, Français.
Durée : 1h57min

Synopsis :
Rome. Années 80. Goliarda Sapienza travaille depuis 10 ans sur ce qui sera son chef-d'œuvre "L'Art de la joie". Mais son manuscrit est rejeté par toutes les maisons d'édition. Désespérée, Sapienza commet un vol qui lui coûte sa réputation et sa position sociale. Incarcérée dans la plus grande prison pour femmes d'Italie, elle va y rencontrer voleuses, junkies, prostituées mais aussi des politiques. Après sa libération, elle continue à rencontrer ces femmes et développe avec l'une d'entre elle une relation qui lui redonnera le désir de vivre et d'écrire.




Étonnamment peu reconnu dans l'hexagone là où il est pourtant l'une des figures les plus talentueuses et prolifiques du cinéma italien de ses trente dernières années (onze réalisations, dont six sur les sept dernières années), on avait laissé le cinéma de Mario Martone début 2023 avec Nostalgia (une adaptation du roman éponyme d'Ermanno Rea, publié à titre posthume quelques semaines après sa mort, en 2016) et sa narration délibérément épisodique et fragmentée dans le temps, portrait viscéral et à la lisière du documentaire, d'une Naples aussi rugueuse et mélancolique qui apparaît presque cousine, sur de nombreux points, sur celle tendrement nostalgique peinte dans La Main de Dieu de Paolo Sorrentino.

Une vision crue et réaliste d'une cité bouffée par sa criminalité, constamment suspendue entre réalisme et lyrisme, dessinée d'une manière à la fois intime (puisque totalement au coeur du traumatisme et de la culpabilité qui habite son personnage, incarnée avec puissance par un Pierfrancesco Favino des grands jours) et universelle.

Copyright 01 Distribution

Moins exaltant se fait son nouvel effort, Fuori, voulu comme un biopic sur la vie mouvementée de l'écrivaine - sensiblement méconnue par chez nous - Goliarda Sapienza et lui aussi adoubé par la dernière réunion cannoise (supplément compét), mais dont la réalisation sans envie/vie comme la narration furieusement étirée et conventionnelle, viennent saper les (maigres) velléités d'offrir un hommage digne de ce nom à ce que le film annonce comme l'une des auteures les plus importantes du XXème siècle.

Odyssée apathique et sans la moindre force suggestive, dont le pendant carcéral est merveilleusement emprunt d'un voyeurisme purement masculin (pour rester poli) qui n'a ni le charme ni le kitsch d'un bon bis décomplexé, le film s'intéresse moins à ses personnages qu'à l'union de leurs corps, accouchant de facto d'une expérience de vie relativement insignifiante et sans énergie sur une figure féminine pourtant intrigante sur le papier, à la fois innocente et tourmentée par ses névroses.
Reste une formidable Valeria Golino qui tente de donner un brin de coeur et de vraisemblance à un téléfilm de luxe sans relief ni profondeur, dont la présence en compétition cannoise reste, comme sa figure vedette pour les lecteurs français que nous sommes, un sacré mystère...


Jonathan Chevrier